Partizan : La nécessité historique de la résistance et de la solidarité qui s’élèvent en déchirant les ténèbres

Notre journal partage la prise de parole de Partizan, journal révolutionnaire et progressiste turc, lue à l’occasion de la Fête de l’Humanité de cette année.

Camarades,

Tout au long de l’histoire de l’humanité, les classes dominantes, afin de préserver leur ordre, ont eu recours non seulement à leurs lois, à leurs tribunaux et à leurs armées, mais aussi à leurs cellules obscures, à leurs chambres d’isolement et à leurs espaces d’enfermement. C’est souvent non pas sur les places publiques, mais dans ces pièces étroites dont la porte se verrouille de l’extérieur, que l’État s’est révélé sous sa forme la plus nue. La prison a été érigée comme un espace de domination, mais elle a également été reconstruite comme un espace de résistance.

Aujourd’hui, rien n’est différent. Alors que le système impérialiste-capitaliste étouffe le monde sous les guerres, les occupations et les sièges, à l’intérieur, les prisons deviennent l’un des instruments les plus visibles de cet ordre. En Turquie, en Palestine, en Inde, aux Philippines, en Amérique latine… Partout où un peuple s’est soulevé, partout où une classe a tenté de prendre son destin en main, la première attaque de la classe dominante s’est exercée à travers les prisons.

Nous, révolutionnaires, antifascistes et anti-impérialistes, connaissons cette réalité non pas par la théorie, mais à travers les expériences vécues de notre propre histoire. Ce ne sont pas les livres, mais nos camarades qui en ont payé le prix qui nous ont appris que la révolution n’est pas un banquet, qu’elle ne peut être aussi paisible que la rédaction d’un article, mais qu’elle est l’acte violent par lequel une classe en renverse une autre.

Et aujourd’hui, la date à laquelle nous lisons cette déclaration est le 12 septembre. C’est précisément le 12 septembre 1980 qu’une sanglante junte militaire s’est emparée du pouvoir en Turquie. Les ténèbres qui se sont abattues en une nuit sur tout un pays ont envahi non seulement les rues, mais aussi les prisons, les cellules et les salles de torture. Des dizaines de révolutionnaires ont été pendus aux potences, des dizaines d’autres ont été massacrés sur les tables de torture. Cette barbarie, qui a poussé le corps humain jusqu’à ses limites, n’a pas réussi à venir à bout de la volonté humaine.

Car, durant ces mêmes jours, dans ces mêmes cellules et ces mêmes chambres d’isolement, autre chose s’est également produit : de grandes résistances sont nées. Les jeûnes de la mort ont commencé. Les grèves de la faim se sont étendues. Ces moments où l’être humain transformait son propre corps en instrument de résistance ont montré que, même au plus profond des ténèbres du 12 septembre, la lumière ne pouvait être éteinte.

Le 12 septembre fut l’une des attaques les plus sauvages de la classe dominante, mais il fut aussi le théâtre de l’une des plus grandes résistances de ce peuple, de ce mouvement et de cette classe. La volonté de ceux qui furent pendus aux potences ce jour-là, de ceux qui ne se sont pas tus sur les tables de torture, de ceux qui n’ont pas reculé dans les cellules, est encore avec nous aujourd’hui. La volonté qui s’élève aujourd’hui sur les épaules de ceux qui résistent dans les cellules de type F, dans les prisons de type « puits » et dans les chambres d’isolement est la continuité de la volonté de ceux qui ont refusé de se soumettre dans les ténèbres du 12 septembre.

Aujourd’hui, en Turquie, l’architecture carcérale ne cesse de se durcir. Après les prisons de type F sont venues celles de type Y, de type S, de type K, et désormais les prisons de type « puits » mises à l’ordre du jour… Il ne s’agit pas de simples choix architecturaux : elles sont la matérialisation, dans la pierre et le béton, de la pensée politique de la classe dominante. Un ordre qui cherche à étouffer jusqu’à l’écho de la voix humaine… Un régime conçu pour limiter les pas, le souffle et la pensée d’un être humain… L’isolement n’est désormais plus une sanction disciplinaire, mais un mode de gouvernement.

Mais, camarades, l’histoire nous a appris ceci : ils ont cru pouvoir briser la volonté révolutionnaire en soumettant les révolutionnaires aux pires conditions. Mais lorsque les portes des cellules de type F se sont refermées, nous avons vu combien la voix qui s’élevait de l’intérieur pouvait grandir. Ils ont cru pouvoir obtenir leur capitulation en prolongeant l’isolement, mais nous avons été témoins de la manière dont ceux qui, pendant des mois, étaient conduits seuls dans la cour de promenade sont restés debout, sans plier. Ils ont cru pouvoir ensevelir l’être humain dans le silence par l’obscurité des cellules de type « puits », mais nous savons que, même du coeur de ces ténèbres, un être humain peut résister.

Ce ne sont pas de simples slogans. C’est la réalité concrète de ceux qui ont engagé leur corps dans les grèves de la faim, de ceux qui ont perdu la vie au cours des jeûnes de la mort, de ceux qui ne se sont pas tus sur les tables de torture. C’est la réalité de ceux qui, en Palestine, sont maintenus pendant des années en cellule sous le régime de la détention administrative, de ceux qui ont passé leur vie dans l’isolement en Turquie, de ceux qui, dans les prisons des dictatures d’Amérique latine, n’ont pas parlé malgré la torture. Ce mouvement s’est élevé sur les épaules de ceux qui n’ont pas reculé, même dans les moments les plus durs de l’emprisonnement.

Et cette mémoire nous rappelle un appel. Autrefois, un poème disait :

« Ne pense jamais que l’ennemi est invincible en prison, Souviens-toi d’İbrahim, de Mehmet Zeki, d’Orhan… »

Ces vers font peut-être partie d’un poème, mais ils sont en réalité bien plus qu’un poème. Ces vers portent les noms de volontés que la torture n’a pas réussi à vaincre. Ces vers sont la mémoire qui déchire les ténèbres des prisons. Ces vers sont l’essence de la position d’un peuple, d’une classe, d’un mouvement face à la prison.

Et cette mémoire nous dit ceci :

La prison n’est pas invincible. La volonté révolutionnaire est invincible. La solidarité révolutionnaire est invincible. La mémoire de la résistance est invincible.

Aujourd’hui, les milliers de personnes détenues indéfiniment sans décision judiciaire en Palestine, les révolutionnaires qui passent des années sous le régime de l’isolement en Turquie, les dirigeants populaires emprisonnés en Inde, aux Philippines, au Sri Lanka… Tous sont les maillons d’une même chaîne. Les géographies changent, les langues changent, la couleur des murs change, mais la logique de l’oppression, elle, ne change pas. Ici, l’isolement ; là, la détention administrative ; ailleurs, une cellule de type « puits » ; ailleurs encore, les ténèbres de l’occupation… Mais dans chacun de ces cas, on retrouve la même chose : la tentative de briser la volonté humaine et, face à elle, la résistance de l’être humain pour défendre sa volonté.

Chaque révolutionnaire jeté en prison hérite de l’héritage de ceux qui ont résisté avant lui et laisse une trace à ceux qui résisteront après lui. C’est pourquoi la résistance dans les prisons n’est pas une attitude individuelle, mais la continuité d’une mémoire collective.

Et camarades, amis… Cette mémoire nous dit encore autre chose : la solidarité à l’extérieur est une composante indispensable de la résistance à l’intérieur.

La volonté de ceux qui résistent dans les prisons se nourrit de la solidarité des révolutionnaires, des antifascistes et des anti-impérialistes à l’extérieur. La lutte à l’extérieur se renforce par la continuité de la résistance à l’intérieur. La classe dominante construit la prison sur l’isolement ; la solidarité, elle, brise cet isolement.

La solidarité n’est pas un sentiment, mais une composante indispensable de la lutte des classes. La solidarité n’est pas un choix, mais une responsabilité historique. La solidarité n’est pas un geste, elle est la résistance elle-même.

Aujourd’hui, en Turquie, en Palestine et dans de nombreuses régions du monde, ceux qui sont emprisonnés ne sont pas seuls. Leur voix est notre voix. Leur volonté est notre volonté. Leur résistance fait partie de notre lutte.

Et nous savons que : la dignité humaine est invincible, même dans la cellule la plus obscure. La résistance est une continuité qui dépasse les murs des prisons. La lutte s’élève sur les épaules de ceux qui acceptent d’en payer le prix. La solidarité est le complément dialectique indispensable de cette lutte.

Aujourd’hui, ici, en lisant cette déclaration, nous proclamons une fois encore cette vérité :

Les prisons sont les ténèbres de la domination, mais elles sont aussi la lumière de la résistance. Et cette lumière ne s’éteint pas, même au plus profond des ténèbres.

Les prisonniers révolutionnaires sont notre honneur !