Interview avec Gino, militant antifasciste italien réprimé

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La Cause du Peuple partage une interview réalisée auprès de Gino, militant antifasciste italien réfugié en France. Gino est depuis 3 ans la cible d’une campagne de répression réactionnaire féroce. Accusé par l’Etat réactionnaire hongrois d’avoir participé à une action contre la manifestation fasciste dite du « Jour de l’Honneur » à Budapest, en 2023, Gino avait réussi à déjouer une tentative d’extradition vers la Hongrie. Aujourd’hui, c’est une extradition vers l’Allemagne qui pèse sur lui, dont l’issue doit être rendue ce jeudi 1er octobre à 10 h en Cour de Cassation. A l’heure où les bourgeoisies européennes se serrent les coudes pour isoler et anéantir tout ce qui est progressiste, nous réaffirmons notre solidarité avec Gino et affirmons que l’antifascisme ne sera jamais un crime, à Budapest comme à Paris.

Bonjour camarade, merci de nous recevoir. Est-ce que tu pourrais nous parler de ton parcours militant et de la répression que tu subis pour ton engagement ?

Je suis né en Albanie, et avec ma famille on est partis en Italie quand je devais avoir 3 ou 4 ans. Au bout de 20 ans, vers 2013-2014, on a fait une demande de nationalité, et la mienne a été rejetée, la préfecture avait décidé que je ne pouvais pas avoir la nationalité italienne, en disant que je suis sujet dangereux pour la société. Pour dire ça, ils se sont basés sur un rapport de la police qui m’accusait d’avoir résisté pacifiquement pendant le blocage d’une expulsion d’enfants d’une maison, parce que j’étais actif dans la lutte pour le logement social en Italie. Avec l’assemblée de la ville, différentes personnes se sont mises en action pour dénoncer toutes les violations au droit au logement.

En Italie l’institution publique qui gère le logement social est plutôt corrompue, elle garde tout l’argent alors qu’il y a de nombreux logements sociaux qui restent vides. Ça existe aussi surement en France, mais en Italie, c’est un truc qui est vraiment senti au niveau national. Il y a des familles qui peuvent attendre des années pour avoir un logement social, d’autres qui peuvent attendre toute leur vie. Il y a du racisme d’État parce que la majorité de toute cette composition sociale précaire sont des migrants, mais il y a aussi des prolétaires italiens qui subissent cette injustice là. À partir de cette lutte là j’étais une cible de la police italienne. Il y a eu des poursuites au tribunal mais elles n’ont rien données, donc il n’y avait que le rapport de police pour me refuser la nationalité.

On va sauter jusqu’à 2023 à Budapest, je vais pas revenir particulièrement sur la mobilisation contre le jour de l’honneur en elle même mais plutôt parler de la répression. À partir de février 2023, la police hongroise a lancé des enquêtes, avec le soutien de la police allemande qui a donné plusieurs noms de gauchistes allemands. Après quelques mois, la police hongroise a décidé de déposer des mandats d’arrêts contre des gens qui sont accusés d’avoir frappé des néo-nazis à Budapest pendant ce week-end du jour de l’honneur. Ça a commencé à ce moment une chasse au niveau européen des militants antifascistes.

La majorité des camarades sont allemands, qui ont été arrêtés en Allemagne, quelques uns italiens, arrêtés en Italie. Moi je vivais à Helsinki en Finlande à ce moment là, et c’est là où j’ai été arrêté, en février 2024. J’ai passé juste un week-end en prison, et je suis sorti sous bracelet électronique en attendant le procès parce qu’on avait réussi à convaincre le juge que je vivais une vie normale, que j’étudiais, que je travaillais.

On a perdu le procès pour l’extradition au premier niveau de la cours. On a fait un pourvois en cassation, qu’on a perdu dans le sens où la cours de cassation a même refusé de s’intéresser au dossier. On a fait appel à la cours européenne des droits de l’homme, la CEDH, qui a très vite, en une journée, refusé de traiter le cas et ordonné au ministère finnois de procéder à l’extradition. Habituellement la CEDH vient bloquer des ordres de déportation vers des pays très problématiques, des cas de réfugiés politiques qui sont en train d’être expulsés vers des pays où il y a la guerre, où il y a des dictatures. Ce n’est pas mon cas, donc la CEDH a décidé de ne pas traiter mon cas. C’est à ce moment que j’ai décidé de me réfugier ailleurs, de venir à Paris en France.

Je suis venu en France parce que j’ai imaginé qu’ici en France il y a une possibilité d’avoir une stratégie de défense basée sur une ligne politique. En France, il y a une histoire, dans les années 1980-90, de militants politiques qui étaient poursuivis par des états pour des raisons politiques. Il y a des militants italiens de la lutte armée par exemple, il y en a d’ailleurs qui habitent toujours ici à Paris. Donc je me suis dit « ok peut-être que j’ai plus de chance de faire ce procès et que mon extradition vers la Hongrie soit refusée ». Donc je suis entré en clandestinité pour venir en France. Après quelques mois en clandestinité j’ai été arrêté par la SDAT, j’ai passé quatre mois et demi à Fresnes en attendant le procès. Et au procès notre défense a marché, notre stratégie a marché.

On a convaincu les juges que la Hongrie, ce n’est pas un état de droit, ce n’est pas un état de droit bourgeois. Il y avait la figure de Victor Orban et son parti qui montrent une nature plutôt néo-fasciste dans leur idéologie, et qui contrôlaient la majorité de l’institution. On a utilisé le droits bourgeois pour se défendre, mais on a aussi utilisé des raisons vraiment politiques.

On a dit oui. Là, je suis antifasciste, j’ai participé à des manifestations pour lutter contre les nazis. Mais l’État hongrois laisse la liberté aux nazis d’agir. Et il cherche à reprimer les antifascistes à un niveau complètement différent que les néo-fascistes. On a aussi utilisé l’argument que les néo-fascistes ont frappé des gens, la violence ne vient pas que d’un coté. Mais la police hongroise s’est pas intéressée à eux, elle a dit « non, les néo-fascistes sont nos alliés, donc on ne va pas les réprimer, on leur laisse la liberté ». Par contre, les antifascistes eux doivent être poursuivis dans toute l’Europe.

En 2025 la cours d’appel de Paris a reconnu que la Hongrie n’est pas un état de droit, les conditions de prison y sont horribles. Moi, comme les autres militants, nous sommes des cibles politiques, donc il y a aussi le danger d’être persécuté spécifiquement, il y a des risques de torture.

Et ça, c’était dans notre stratégie de défense, avec des éléments concrets. En 2023-2024 une camarade italienne et un camarade allemand ont été emprisonnés à Budapest dans des conditions horribles. Le camarade est devenu une figure publique en décidant de dénoncer toutes ces conditions. Vous avez probablement vu les images, avec les chaines. Ce témoignage c’était un élément concret à amener à la justice.

Juste trois semaines après le refus de l’extradition vers la Hongrie, les procureurs fédéraux allemands ont décidé d’émaner un autre mandat d’arrêt européen pour les mêmes faits commis à Budapest, donc c’est le même cas et les mêmes faits et les mêmes accusations, c’était vraiment un copié-collé du mandat d’arrêt hongrois et la seule justification légale que les allemands ont, c’est que les victimes que je suis soupçonné d’avoir frappé, sont des citoyens allemands. La question qu’on s’est posée, c’est pourquoi les allemands n’ont pas déjà fait ça en 2023 ?

Au début de l’été 2023, avec l’enquête hongroise, mon nom et ceux des autres camarades ont été révélés dans la presse hongroise de droite et d’extrême droite. La collaboration policière a l’échelle européenne avait déjà commencé à ce moment là, ils avaient nos noms, et pourtant à ce moment là ils ont pas décidé d’émettre de mandats d’arrêt.

Début 2025, il y a huit camarades qui ont décidé de se rendre à la police allemande après deux ans de clandestinité, Zahid, Paul, et tous les autres camarades, parce qu’ils ont voulu négocier. La négociation était pas très claire mais les autorités allemandes ont dit qu’elle n’extraderaient pas vers la Hongrie, qu’ils seraient jugés en Allemagne. Donc la fuite initiale, la clandestinité, ça s’était décidé pour échapper aux mandats d’arrêt hongrois parce que le gouvernement hongrois demandait 14 à 24 ans de prison, pour tous les camarades. Donc ils se sont dit, ça c’est trop fou, la Hongrie c’est la merde, c’est un pays fasciste, donc on va devenir clandestin. Quand l’Allemagne a décidé de poursuivir les camarades allemands, c’était plus facile pour eux après la fatigue de deux ans de clandestinité. Ils ont dit ok on va affronter ça, on continue le combat comme ça, plus dans la clandestinité, c’était difficile d’y continuer la lutte.

Dans les tribunaux, on dit que la lutte contre le fascisme et le neofascisme c’est légitime. Même si on a pas fait ça [ndle: les violences contre les militants fascistes dont ils sont accusées], soutien total à ceux qui luttent contre le fascisme en Hongrie mais aussi en Allemagne. Avant Budapest, il y a des camarades allemands qui ont été soupçonnés d’avoir blessé des néo-nazis dans différentes villes allemandes. Donc il y a des militantes antifascistes qui ont pris la responsabilité avec différents moyens d’arrêter la montée du néofascisme et de cibler des militantes d’extrême droits, violents, ou qui sont à la tête des mouvements et qui sont responsables des mouvements de haine et de discrimination qui soutiennent des trucs horribles comme l’extermination des gens. Donc on n’est pas là pour dire que le fascisme ce n’est pas bien. On connaît bien les raisons. On connaît bien la nature du fascisme. On connaît bien comment le fascisme marche. On sait que les principes antifascistes, c’est absolument important. Il y a même des États bourgeois qui font de ces principes antifascistes un principe dans la Constitution.

La constitution italienne dit que la république est antifasciste, grace à la composition progressiste et révolutionnaire de l’assemblée italienne après la guerre. En Allemagne il n’y a pas eu ce processus. Ça a plus marché à l’est, en République Démocratique Allemande, pas trop dans l’ouest fédéral sous contrôle américain. Beaucoup de figures nazies ont été requalifiées, avec le consentement du pouvoir américain, pour les faire échapper à Nuremberg, pour qu’ils prennent des places importantes dans la nouvelle république allemande. Et qu’est-ce que ça a produit ? Jusqu’à aujourd’hui, le fascisme et le nazisme n’ont jamais disparu en Allemagne.

J’ai fait une digression. Pour revenir un peu à la question, je suis le premier à être frappé par un mandat d’arrêt allemand. Et la cours d’appel de Paris a décidé de consentir à l’extradition parce qu’il ne veulent pas reconnaître l’illégitimité et reconnaître plutôt la légitimité d’un mandat d’arrêt sur le niveau légal. Les juges ne se posent pas les problèmes de la discrimination en Allemagne. Vu que l’Allemagne est un pays démocratique, qui respecte les droits, il n’y a aucun problème d’être incarcéré en Allemagne ou de subir un procès inéquitable.

Mais ils n’ont pas reconnu la possibilité que je sois extradé illégalement vers la Hongrie, alors qu’il y a un précédent, celui de Maïa, qui a été arrêté en Allemagne, la cours a validé son extradition, et la nuit même, sans lui laisser la possibilité normalement garantie par la loi de faire appel, la police hongroise a lancé une opération quasi militaire, avec des hélicoptères etc. pour l’emmener en Hongrie, en passant par l’Autriche, qui n’a aucune juridiction dans cette affaire. La cours constitutionnelle allemande est arrivée à la conclusion que cette extradition était totalement illégale, mais c’est trop tard. L’Allemagne n’a rien fait pour demander le retour de Maïa. Son père a fait une campagne pour demander qu’elle soit incarcérée en Allemagne, parce que les conditions d’emprisonnement y sont moins horribles, on va pas mentir. L’incarcération allemande, ça va dans un cadre bourgeois. En Hongrie, il y a des tortures psychologiques, physiques, presque systématiques. Pas que sur les militants antifascistes, ils ont été témoins de violence sur les autres détenus. C’est déjà horrible pour les détenus normaux, alors imagine si tu es aussi un opposant politique, je n’ai pas besoin de l’explique plus.

Et donc, avec ce précédent de Maïa, on dit qu’on ne peut pas faire confiance à l’Allemagne, parce qu’ils ont déjà laissé extrader illégalement une de leur citoyens, et moi je ne suis pas citoyen allemand.

À la conférence de presse la semaine dernière j’ai parlé des 1900 cas de violences d’extrême droite en Allemagne l’année dernière. On parle de 1900 cas pas vraiment adressés, ça n’a pas pris l’ampleur de 1900 affaires Budapest. Budapest c’est une vingtaine de militants qui se battent avec des néo-nazis.

Il y a clairement une disproportionnalité. Sans même parler de notre idéologie, on dénonce l’extrême droite en tant que révolutionnaires, mais on dit aux gens normaux avec un sens commun, regarde, c’est pas nous qui sommes fous en tant que révolutionnaires, il y a une injustice, on a des preuves que les autorités bourgeoises allemandes portent plus d’intérêt à nous poursuivre nous. En tant que militants on a décidé que les états bourgeois ils ne sont pas capables ou ils ne veulent pas vraiment arrêter la montée du néofascisme, mais que déjà certaines institutions, certaines figures politiques et aussi de la bourgeoisie, donc les millionnaires européens ou américains, sont en soutien des partis politiques des organisations politiques d’extrême droit, ça c’est pas un secret, et donc nous comme mouvement progressiste qu’est-ce qu’on fait ? On se pose ces questions, il y a des gens qui ont pris la responsabilité de commencer cette résistance.

On a parlé de la collaboration entre les bourgeoisies européennes dans la répression, mais toi tu es aussi un bon exemple d’un militant qui ne se limite pas aux frontières nationales, est ce que tu peux nous parler de ton parcours ?

Donc en Italie, j’ai fait partie de cette lutte locale, mais qui s’inscrit dans la lutte au niveau national, parce que si on parle de lutte locale on parle forcément de lutte au niveau national parce que c’est systématique. La crise de la politique démocratique représentative, de la politique des pays républicains, des républiques bourgeois, ça se sent. Ce qui cause la crise politique, c’est la crise économique, les problèmes du capitalisme. et la nécessité du capitalisme de survivre. Donc, avec le soutien des forces politiques, nous, on sait que les États bourgeoises sont là pour soutenir les forces économiques capitalistes qui essaient de maximiser les profits. Et dans cette nécessité et volonté de maximiser les profits, dans le cadre de la lutte pour le logement social, on a cette problématique en Italie que les institutions et les interprises essaient de privatiser les logements. Comme on a déjà des graves problèmes sur la construction des logements, pas uniquement social mais des logements en général pour accueillir les gens, ce qui est développé c’est la construction des bâtiments chers, qui sont trop chers et qui ne sont pas accessibles à la classe prolétaire, qui ne sont pas accessibles à des familles plutôt précaires. La précarité en Italie c’est l’une des plus hautes d’Europe, même si c’est un pays européen avancé, un des premiers à entrer dans l’OTAN, à entrer dans l’Union Européenne, le pourcentage de familles pauvres est vraiment haut.

Le mouvement progressiste a toujours travaillé pour faire face à cette précarité. Dans le cadre du logement social, dans la république d’après-guerre, avec l’influence géopolitique de l’URSS et la force gagnée par la lutte contre le fascisme, la social-démocratie et les mouvements ouvriers étaient plus puissants avec une possibilité de négociation avec la bourgeoisie, comme en France. Donc on a la création de projets comme le logement social, c’est vraiment similaire à la France. Dans les années 90-2000, il y a une crise parce que les forces bourgeoises, les institutions ne respectent plus ce pacte social et ne veulent pas construire ou assigner des logements sociaux aux familles précaires. Et l’état, il n’est pas capable de résoudre ce problême.

Ça sert la population, donc ça sera à partir d’en bas. Il y a des forces progressistes organisées dans la population qui disent « on ne veut pas » quelque chose, « on veut dénoncer cette problématique là parce que les politiciens ne le font pas ». Donc on a une population qui s’organise, et qui décide de faire face à cette problématique, de trouver des solutions. Et donc dans les mouvements de la lutte pour le logement social, clairement on arrive au niveau national dans plusieurs villes italiennes. On va bloquer les expulsions parce que ce n’est pas juste que les familles précaires qui ne sont pas capables de trouver un travail ou qui n’ont pas un salaire qui suffit pour payer le loyer, on les laisse dans la rue. Il s’agit des familles avec des enfants, de familles qui cherchent vraiment de faire le mieux qu’ils peuvent, de travailler, d’être des composantes de la société. On lutte aussi pour forcer les institutions à assigner des logements sociaux, à en construire de nouveaux. C’est dans les intérêts du peuple, mais pas ceux de la bourgeoisie. Ce combat là dans la classe, j’ai grandi avec, c’était ma première expérience de lutte.

Après il y a eu d’autres mouvements, j’ai participé à des mouvements sociaux, à des mouvement syndicaux dans la logistique, à des manifestations contre des projets, par exemple dans le soutien à la lutte NO TAV.

Après j’ai déménagé en Finlande pour des raisons personnelles. Là bas, j’ai continué mon expérience politique. J’ai fait partie de la construction de mouvements progressistes, de mouvements de gauche en Finlande. J’ai géré des lieux culturels, politiques, on peut dire révolutionnaires parce que oui on veut toujours parler des politiques révolutionnaires, on veut parler de marxisme, on veut parler de la critique anticapitaliste, pas que de la critique antifasciste bien sûr. À partir de 2015 on a vu la montée du fascisme en Europe du Nord, donc Finlande, Danemark, Suède, Norvège, avec le groupe ultra-violent Nordic Resistance Movement, des néo-nazis vraiment organisés qui cherchent des combats dans la rue. Ils ont aussi tué des gens, on parle de gens vraiment fous, il y a un cas par exemple où un néo-nazi a torturé une adolescent handicapée jusqu’à la mort. On parle vraiment de gens complètement… Les vrais gens dangereux pour la société. Ils cherchent la violence, c’est dans la nature de leur idéologie, ils cherchent la reconstitution d’un ordre extrémiste similaire au troisième reich. Ils ont attaqué des manifestations de la gauche progressiste, les prides, les manifestations pour les droits des migrants, pas que des manifestations antifa.

Donc oui, je me suis forcément intéressé à toutes ces luttes là. Je me suis intéressé aussi aux luttes syndicales pour les travailleurs et travailleuses finnois. En 2015 la coalition de droite avait pris le pouvoir, avec une alternance avec la social-démocratie depuis. Il y a depuis trois ans la coalition la plus à droite depuis la deuxième guerre mondiale. Ils ont été responsables des dernières politiques d’austérité, donc des coupes dans les droits des travailleurs, mais aussi dans les droits des migrants. Avant la Finlande était un pays vraiment progressiste, mais maintenant c’est renversé, ça fait des années que c’est totalement renversé.

Est ce que tu peux nous parler de la solidarité qu’il y eu pour les antifascistes poursuivis ?

À partir du mouvement de l’affaire Budapest, en Italie s’est organisé un grand mouvement de solidarité avec Ilaria Salis. Elle a été arrêtée à Budapest avec Toby. Elle a été emprisonnée un an et demi. Pendant ce temps en Italie on a constitué un mouvement de solidarité pour demander sa libération. Au moment des élections au parlement européen, la solidarité était arrivée au niveau national. Dans les journaux, à la télévision, ils parlaient de l’injustice qu’une citoyenne italienne de gauche soit réprimée dans les prisons hongroises, où les conditions sont horribles, qu’ils aient été condamnés sans preuves, simplement parce qu’ils sont antifascistes.

Les institutions hongroises ont pas du tout été stratégiques dans leur procès. Avant le procès, ils disaient déjà qu’ils étaient coupables, ils les traitaient de terroristes, qu’ils allaient les mettre en prison pour des années. Et ça, ça a choqué les autorités nationales bourgeoises en Italie, mais surtout les mouvements progressistes, qui ont montré une solidarité énorme grâce à la construction des comités de solidarité par la famille d’Ilaria, mais aussi par des figures mainstream progressistes. Grâce à ce soutien de différentes figures politiques et culturelles qui ont parlé en faveur d’Ilaria, elle a été inscrite sur la liste AVS, un parti similaire à LFI, et avec 140 000 votes elle est arrivée à devenir parlementaire européenne, donc à gagne l’immunité, et donc elle est sortie de prison, la Hongrie a pas eu le choix. Ça a ete le premier exemple d’une grande solidarité, le deuxième c’est quand j’ai été arrêté à Paris.

Un comité de solidarité a été créé immédiatement autour de mon cas à Paris par les camarades militants du mouvement qui ont été capables de réunir différents groupes politiques pour construire la solidarité, avec le soutien des mêmes mouvements du Comité de Solidarité Italien. Ils ont soutenu Ilaria et ils ont soutenu aussi Gabriel, notre camarade. Il a été arrêté avant que moi et il a vécu… quatre mois assigné à domicile. Après, il a été libéré et ils ont refusé son extradition vers la Hongrie avec des raisons similaires comme la Cour d’appel de Paris. Donc, ce soutien-là, c’était par les camarades en France et aussi en Italie.

Ils se sont coordonnés aussi avec des camarades en Allemagne, pour monter en solidarité et pour demander ma libération. Pendant tout le temps où j’étais en prison à Fresnes, pendant quatre mois en 2024-2025, les mouvements de solidarité ont montré une grande force pour réunir en fait la solidarité aussi en dehors du mouvement militant, donc de ramener le soutien des différentes figures politiques ou figures culturelles et intellectuelles, pas qu’en France, au niveau européen et international. Donc c’était la première tribune qui a été signée pour demander ma libération et le refus de l’extradition. Cette tribune a eu plus de 300 signatures, c’était là aussi un grand geste, un grand exemple de comment la solidarité au niveau international peut être construite pour demander la justice et la libération des militants qui luttent pour empêcher la montée du néolibéralisme, des mouvements d’extrême-droits, de toutes les politiques de la bourgeoisie qui n’essaie pas de répondre à la crise politique, à la crise capitaliste. En fait, il ne font rien contre, mais ils veulent même continuer dans cette crise, parce qu’elle ramène des pouvoirs et des richesses à la bourgeoisie nationale et internationale, elle leur permet de rester au pouvoir. Elle controle tous les moyens d’information, elle s’en sert pour convaincre les classes travailleuses que non, le communisme c’est le mal, le socialisme ça marche pas, que la seule solution c’est le capitalisme, que tout va bien. Et à coté de ça, ils cherchent des boucs émissaires, les migrants, ils utilisent l’islamophobie pour ne pas regarder ce que sont les vrais problèmes systématiques du système capitaliste et bourgeois.

Ils cherchent toujours des boucs émissaires, comme au temps de l’Allemagne nazie, c’est les juifs et les communistes… Aujourd’hui, la cible c’est les migrants, les musulmans, mais à coté c’est toujours la gauche qui reste la cible. On a une démonisation même des forces gauchistes parlementaires, il ne s’agit même pas de forces communistes qui se réfèrent au projet de l’Union Soviétique. Là, on parle vraiment des forces social-démocrates qui sont un grand soutien de la population parce que le mouvement progressiste, il a grandi, il s’est retrouvé à s’organiser autour des forces parlementaires, forces politiques parlementaires mais aussi des forces politiques extra-parlementaires.

Mais voilà, en France comme en Italie, on ne va jamais parler de ce que ça veut dire vraiment la crise politique et la crise économique capitaliste. Avec la médiatisation de Budapest, on a eu un retour d’un discours de gauche progressiste dans les médias mainstream, et ça fait du bien parce que les gens parlent enfin de ce qui se passe au niveau national et international, de comment le néofascisme monte. En Italie, il y a le gouvernement de Meloni. En Allemagne, il y a l’AFD qui monte. Et en France, il y a l’RN qui monte de ouf. Là on est capable, quand il y a une émergence, on a la capacité de construction et on a la capacité de ramener ensemble différents sujets de l’effort progressiste et de dire « ça, ça ne va pas, on va se battre contre ça », de pourquoi les états bourgeois laissent autant de liberté à des mouvements fascistes. La question se pose et quelqu’un doit répondre.

Nous, on a la réponse, mais ce n’est pas à un homme seul de répondre à cette question. Nous, en tant que militants, on met les problèmes en lumière, on cherche à trouver des solutions. Nous, on prend cette responsabilité de porter ce travail, mais ce n’est pas le travail d’un seul homme, c’est le travail de la population. On peut pas être seuls à être responsables d’arrêter le fascisme.

C’est la responsabilité de la population, des gens qui se disent vraiment progressistes, de reconnaitre l’importance d’aller critiquer la montée du fascisme, d’aller critiquer un système capitaliste qui va continuer à créer des problèmes et jamais à trouver des solutions. On doit parler de l’effet sur le monde du travail, les droits du travail sont toujours rabotés. Il n’y a pas de démocratie dans le lieu de travail. Les travailleurs, les travailleuses ont de moins en moins de pouvoir, et je parle pas du pouvoir d’achat dans l’économie, je parle aussi du pouvoir de négociations, du pouvoir de maintenir les droits qu’on a déjà mais aussi d’aller chercher encore plus de droits, parce que dans cette crise du système capitaliste la bourgeoisie va continuer à cibler les droits des travailleurs, mais aussi les droits politiques, les droits des femmes, la communauté LGBTQ. On a déjà plusieurs exemples dans l’Union Européenne. Les politiques de droite, les forces de droite essayent de bloquer toute proposition progressiste dans chaque sphère de la vie, de la vie politique, de la vie sociale. Les forces bourgeoises essaient de diviser la classe ouvrière, de l’amener à la guerre culturelle pour ne pas qu’elle lutte contre la classe des patrons qui a des intérêts complètement différents des intérêts des travailleurs et travailleuses.

Quel lien tu fais entre la marche à la guerre qu’on voit en Europe et la répression contre les antifascistes ?

Il y a forcément un lien qui relie tout ça. Par exemple, en Allemagne, un peu plus qu’en France et en Italie, c’est la course au réarmement. Le gouvernement allemand pousse pour construire des armes, construire l’armée allemande, avec l’excuse de dire « regarde la Russie impérialiste va nous envahir et amener la guerre en Europe ». Mais l’Allemagne est intéressante, on a des discours du chancelier Merz qui montrent qu’il dit la nécessité de l’état allemand de s’armer pour défendre les intérêts allemands, pas pour défendre l’Allemagne ou l’Europe. Dans son discours, il est totalement honnête, il dit « on va augmenter notre armée, on va la renforcer parce qu’on doit défendre l’intérêt de l’Allemagne ». Là déjà, il y a un discours de nature impérialiste.

Et c’est vraiment très dangereux. La nécessité de ramener la conscription de la jeunesse, c’est un signe de la militarisation. On a des discours similaires dans d’autres pays européens, comme en France, où le gouvernement de Macron a testé le terrain pour regarder s’il y a déjà un consentement de la population à une possible conscription, pas civique mais militaire. Là, le lien est clair, parce qu’avec la continuation de la crise capitaliste la solution pour le système capitaliste pour rester en vie c’est de continuer son existence à travers l’impérialisme, parce que c’est avec la guerre, avec la conquête d’espaces économiques ailleurs que le capitalisme garanti son existence. Et là on se connecte à ce qui se passe dans le monde entier. On a la guerre en Iran, en Palestine, la guerre au Liban. Jusqu’à il y a 2 ans, la guerre en Syrie, il y a des guerres en Afrique. Toutes ces guerres sont soutenues et armées par les états européens, surtout l’état américain. Ça permet de distraire des vrais problèmes, de parler de ce qui se passe à la maison dans chaque pays. De dire que les vrais problèmes sont la guerre, les états terroristes, le terrorisme, l’extrémisme, qu’on va se battre pour garantir la démocratie, la liberté, et tout ce blablabla. Mais réellement, pour garantir que les états impérialistes, les états capitalistes, aient le contrôle des ces territoires pour garantir l’exploitation des terres et des populations. Et là donc, il y a un intérêt profond.

C’est ça la connexion avec le fascisme. C’est clair au niveau historique que c’est grace au fascisme et au nazisme que les systèmes capitalistes ont été capables, avec la guerre, de maintenir leur contrôle et d’essayer de sauvegarder le système capitaliste et donc les intérêts de la bourgeoisie. En tant qu’antifascistes, on s’oppose à la guerre parce que la guerre, c’est l’outil essentiel du fascisme, c’est l’outil essentiel du capitalisme et de l’imperialisme. C’est une phase essentielle pour maintenir en vie le capitalisme. Et d’être antifasciste, donc, ça veut dit aussi, forcément, d’essayer d’être anti-impérialiste.

Être anti-impérialiste, c’est prendre le côté des peuples opprimés. On a le cas de la Palestine. C’est l’un des plus importants au niveau historique. On ne parle pas de Palestine qu’à partir du 7 octobre et de Gaza. Les mouvements progressistes, les mouvements communistes, on a toujours parlé de la Palestine, des problèmes de la Palestine, le problème du colonialisme occidental et de l’injustice que le colonialisme et le capitalisme ramènent pour maintenir leurs intérêts.

Quelles doivent être les tâches des révolutionnaires en France et en Europe aujourd’hui à tes yeux ?

Là aujourd’hui c’est comme toujours important de s’identifier comme antifasciste, donc de dénoncer le néo-fascisme et de lutter contre ça, de ne pas permettre que le néo-fascisme prenne le pouvoir. Donc il prend des espaces, des espaces sociaux, des espaces politiques, mais aussi de prendre un pouvoir vraiment réel dans les institutions. Et aussi au niveau économique, de ne pas permettre que, par exemple, la télévision, la radio, les journaux, qui sont des propriétés de gros patrons, de gros millionnaires, qui donc forcément financent les organisations et les partis d’extrême droit pour regarder leurs intérêts.

Ça c’est déjà une chose mais après aussi il faut arriver à reconnaître vraiment la nature du système capitaliste et la nécessité du système capitaliste de produire un conflit constant entre les classes sociales, parce qu’il y a une contradiction entre les classes sociales, il y a des intérêts différents, c’est important d’être anticapitaliste, de reconnaître cet intérêt différent donc de s’organiser avec la classe ouvrière, avec les classes oppressées, donc de s’organiser contre ce système là qui opprime de différentes façons. On opprime à travers des moyens économiques et aussi avec des moyens politiques. Limiter absolument tout nos droits sociaux, politiques, et notre droit de participation dans l’économie, qui n’est pas du tout dans le contrôle de la population. Là, on parle déjà d’une dictature de la classe patronale. On en parle jamais, mais ça existe.

C’est important de reconnaitre que le système capitaliste est faible, et que pour survivre il a besoin de produire la guerre chez nous, en Europe aussi, et la guerre ailleurs. Chez nous, aujourd’hui, il s’agit d’une guerre plutôt politique, plutôt sociale. Malheureusement ailleurs, il s’agit d’une guerre militaire dont les gens meurent. Mais ça ne veut pas dire que chez nous, une guerre de nature militaire n’arrive pas. On a l’exemple historique des guerres mondiales, dont le centre, c’était l’Europe.

Si on ne veut jamais mettre en discussion la nature, les raisons de cette guerre et donc des intérêts du système capitaliste, on va forcément répéter aussi la guerre en Europe entre les populations d’Europe. On doit dénoncer le capitalisme et de trouver une solution différente au capitalisme. Et là, comme mouvement progressiste, on a besoin de vraiment de grandes discussions et de se coordonner et de décider comment on fait face au néofascisme et aussi au capitalisme. Comment on va trouver la solution à ça ?

Et ça, c’est un grand sujet de discussion, et j’espère que les mouvements en viennent à en parler et à s’organiser. Mais en même temps qu’on analyse et qu’on parle, on doit s’organise parce qu’on n’a plus trop de temps pour sauvegarder nos vies.