Liberté pour les antifascistes lyonnais emprisonnés !

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Plus de 7 mois se sont écoulés depuis la mort du fasciste Quentin Deranque à Lyon le 12 février. Depuis, ce sont neuf antifascistes qui sont écroués en attente de leur jugement, tandis ce qu’aucun fasciste n’a encore été sérieusement inquiété. À l’heure où l’antifascisme est de plus en plus réprimé partout à travers le monde et que nos libertés démocratiques sont attaqués de front par l’État français, notre devoir est et sera toujours la solidarité avec nos camarades.

Cette affaire est éclairante quant à la situation politique de notre pays et dans les centres impérialistes. Le contexte actuel de répression du mouvement antifasciste est le théâtre de l’explosion de l’idéologie réactionnaire dans l’espace public. Inversion des rôles, retournement des valeurs, mort de l’intelligence et de la pensée critique, autant de discours qui pousse la gauche à se retrouver perpétuellement dans la défensive face aux offensives répétées de la réaction. Cette offensive est le soubassement d’une large offensive d’État engagé dans le processus de réactionnarisation qui a un impact immédiat sur la solidarité. Ainsi, les neuf antifascistes lyonnais subissent la stratégie répressive sans soutien réel. Cette stratégie implique une culpabilisation, conditionnée par l’isolement politique, et les pressions sur les soutiens et sur les familles. Dans cette affaire, nous le constatons clairement : le soutien politique et moral a été particulièrement sous-développé et non assumé par une grande partie de la gauche institutionnelle.

Pourtant, la solidarité n’a jamais été autant nécessaire au vu du développement répressif majeur dans tous les pays impérialistes. Nous pouvons citer les récentes affaires de l’extradition de Gino, militant antifasciste albanais réfugié en France, l’affaire de Lina E., emprisonnée injustement pour son activisme antifasciste, ou encore l’affaire des antifascistes de Prairieland aux États-Unis, menacés de jusqu’à 100 ans de prison pour une action antifasciste. Nous devons comprendre que cette offensive, qui se retrouve tant dans l’accumulation de lois liberticides que de restriction des droits démocratiques, tant dans la répression du mouvement syndical que du mouvement propalestinien depuis octobre 2023, doit nous pousser à prendre conscience des rouages de l’époque dans laquelle nous vivons aujourd’hui : celle de la réactionnarisation et de la marche à la guerre.

Dans notre pays impérialiste, la contradiction principale est l’opposition entre le prolétariat et la bourgeoisie, entre le Travail et le Capital. Dans le cadre démocratique bourgeois, en voie de réactionnarisation, la bourgeoisie ne peut nier la lutte des classes. Mais la lutte des classes n’est mature que quand elle s’attaque au pouvoir d’État. Ce n’est donc pas la lutte des classes en soit qu’ils veulent empêcher car ils ne le peuvent pas, mais son organisation politique. La bourgeoisie doit écraser tout ce qui est organisé pour éviter le retour de classe ouvrière scientifiquement organisée dans le Parti Communiste. Le grand Lénine l’a affirmé, n’est marxiste que celui qui pousse la lutte des classes jusqu’à son aboutissement, la dictature du prolétariat. Nous devons donc lutter pour être prêt pour les grandes batailles nécessaires à la Révolution, encaisser et rendre les coups, et notre solidarité avec les neuf antifascistes lyonnais se place dans cette perspective.

La réactionnarisation pave la voie au fascisme mais elle n’est pas le fascisme, elle est le processus normal du système bourgeois et ça depuis le XIXe siècle. Nous ne devons pas réduire le fascisme à la violence ou à ses manifestations. Tout État est consubstantiellement violent. Il y a un développement quantitatif de la répression, la surveillance, l’acharnement judiciaire, l’occupation militaire de certaines zones… Mais ce n’est pas le fascisme. La corporatisation, la négation du système démo-libéral sont les traits fondamentaux du fascisme. Des petits bonds qualitatifs se sont produits sous Macron, mais nous ne sommes pas encore au moment d’un grand bond qualitatif.

Nous devons comprendre que seule la révolution peut conjurer la guerre impérialiste et le fascisme. Comme contradiction c’est dans le développement de la révolution que s’établira le fascisme comme réaction de sauvegarde ultime de la bourgeoisie. Une fraction de l’Oligarchie financière pousse l’État a retourner la table, mais ce n’est qu’une fraction aujourd’hui qui s’agite beaucoup mais qui se trouve confrontée à la réalité actuelle, celle de l’offensive réactionnaire pour tenter de conjurer, en réalité de retarder, l’offensive finale de la classe contre l’État bourgeois.

Nous devons comprendre que lorsque la réaction parle de La France Insoumise et des antifascistes, ce n’est pas ce mouvement institutionnalisé qu’ils craignent mais la classe organisée et les quartiers populaires, organisés et dirigés par les communistes. C’est une attaque contre les démocrates sincères, les révolutionnaires et les communistes.

La mort du nazi Quentin Deranque a provoqué une offensive idéologique et politique d’une rare violence qui correspond à un bond en développement de la réactionnarisation. Nous allons connaître une nouvelle situation qui prendra tout son sens après les élections de 2027 et dans les années qui suivront.

La bourgeoisie est en train de fermer toute possibilité de fausse opposition parlementaire, de tout « programme » un tant soit peu radical. Elle détruit le consensus électoral, elle attaque le système parlementaire, le meilleur pour continuer la domination politique et sociale du capital. La crise aiguë de l’impérialisme oblige la bourgeoisie a accélérer. Cela est un processus obligatoire le temps de la recomposition de l’organisation de la classe par les révolutionnaires dans les organisations de masse.

Notre tâche est de massifier la lutte politique le plus largement possible sur des bases de défense des droits démocratiques à visée tactique en élevant le niveau politique. Seule l’autodéfense et la solidarité est valide dans la période actuelle.

Tout cela ne sera rendu possible que par un développement et un renforcement de nos organisations, et la constitution d’un large front de défense des droits démocratiques. Sans cela, la solidarité effective et l’autodéfense populaire face aux attaques de front de la réaction ne sauraient être efficaces. Plus encore, cette séquence politique nous met face à une évidence : nous devons à tout prix nous plonger au cœur des masses populaires de France, car elles seules seront en capacité de nous protéger. Aucune force institutionnelle incrustée dans l’appareil d’État ne pourra nous défendre, et il est indubitable que de telles forces seront à l’avant-garde de la terreur blanche quand l’époque le nécessitera.

Défendre la cause des neuf antifascistes lyonnais s’inscrit donc pleinement dans nos tâches en tant que révolutionnaires dans l’État français. Face à cette intensification de la répression, il est inimaginable de laisser nos camarades sans soutien politique clair et de faire des concessions avec l’agenda réactionnaire en hurlant avec les loups. Les tactiques de la répression réactionnaire se base précisément sur l’isolement des militants progressistes enfermés. D’abord, pour casser le moral des militants. Cette tactique est particulièrement efficace lorsque des personnes isolées sont confrontées à la puissance d’État. Nous avons pu l’observer à de nombreuses reprises dans le cadre de la répression du mouvement pro-palestinien, ou du mouvement syndical, où des gens courageux et sincères ont été contraints de céder face à la pression et de regretter leurs actes. Cet isolement permet également l’élargissement de l’encerclement de tout ce qui est progressiste : si personne ne se soutient, alors l’État peut nous frapper les uns après les autres, et ce processus a d’ores et déjà commencé.

C’est précisément la solidarité qui raffermit le courage de nos camarades, l’exemple de Georges Abdallah a été lumineux à cet égard. C’est le soutien clair et continu de milliers de personnes en France et à travers le monde qui ont permis de rattacher la lutte de Georges Abdallah au reste de la lutte nationale et internationale, ce rattachement l’a renforcé et lui a permis d’endurer plus de 40 ans d’emprisonnement sans jamais renier ses principes. Cette solidarité que nous appelons pour les antifascistes lyonnais n’est donc pas un signalement de vertu, ni une pétition de principes : elle est un appel clair au développement de la solidarité antifasciste, une solidarité concrète et unitaire pour la défense des droits démocratiques et pour le droit à l’antifascisme.

Sans cette solidarité, nous serons écrasés les uns après les autres, secteur de lutte après secteur de lutte, militant après militant. Sans une grande campagne de défense des droits démocratiques, nous ferons un cadeau considérable tant à la meute fasciste qu’au processus de réactionnarisation de l’État au service des monopoles. L’absence de soutien institutionnel doit plus que jamais nous inciter à prendre cette voie, car il est clair que seul le peuple sauve le peuple, que seuls les révolutionnaires organisés peuvent sauver les droits démocratiques en érigeant une réelle solidarité à la base. C’est la mission que nous confient tous les prisonniers politiques, et nous entendons bien la remplir.