La grande révolte lycéenne, partie de la jeunesse prolétarienne, est l’expression concentrée de tous les problèmes d’une société et de son système social en crise profonde, et en même temps, elle contient leurs résolutions. Le retour de la lutte des classes vient remettre au centre du débat la question de « la violence ». Tout le moteur du processus historique actuel se résume dans la contradiction se développant entre la violence révolutionnaire des masses et la violence réactionnaire de l’appareil bourgeois.
Engels, dans son œuvre magistrale Le rôle de la violence dans l’histoire, expliquait que la violence est un moyen de maintien de la base économique, tout comme elle est le moyen de transformation de celle-ci. La France est une société de classe où la minorité bourgeoise exploite la majorité, le prolétariat. C’est une société basée sur l’exploitation du prolétariat de France et principalement des pays dominés : la violence ne peut être qu’au cœur de sa reproduction. Ce système de domination ne peut être maintenu que par la violence réactionnaire. L’État bourgeois est, quand on enlève tous les oripeaux, un détachement spécial d’hommes armés en dehors de la société[1] dont le rôle est de maintenir l’ordre social bourgeois à travers la police, l’armée, les prisons, la justice. La force publique « se renforce à mesure que les contradictions de classes s’accentuent à l’intérieur de l’État »[2]. Ainsi, la violence est juste du point de vue bourgeois quand elle sert ses intérêts. Les violences, les assassinats policiers, l’intervention de l’armée, les massacres sont légitimes du point de vue bourgeois afin de maintenir l’ordre. Le maintien de l’ordre, c’est-à-dire l’ordre où la bourgeoisie domine l’ensemble de la société, est la violence légale, tandis que la violence révolutionnaire qui lutte pour un ordre juste se transforme en « violence urbaine ». La violence se transforme en mal absolu quand elle devient l’outil politique du prolétariat et des masses populaires. Nous comprenons pourquoi détruire une vie en mutilant est acceptable, voire nécessaire, alors que brûler une poubelle est un crime en France en 2026.
La jeunesse prolétaire la plus opprimée de France, qui subit dans sa chair la politique, c’est-à-dire la friction antagonique entre le prolétariat et la bourgeoisie, a compris instinctivement le caractère de classe de l’État. En leur temps, les Gilets Jaunes avaient commencé de même à le saisir à coup d’yeux perdus, de tabassage et de prison. Les nouvelles générations n’ont pas besoin de grand discours pour comprendre que l’État, les riches, n’ont que faire des bavardages pacifistes. Ils comprennent, et ça depuis que la société de classe existe, que sans le rapport de force, il n’y a rien. Aucun changement important dans l’histoire n’a été obtenu à coup de pétition ou de manifestations allant de Bastille à Nation.
Ainsi, le jeudi 1er octobre ne pouvait qu’affoler la bourgeoisie et tout son appareil d’État. Le prolétariat des périphéries métropolitaines, en déchaînant une relative violence révolutionnaire de masse avec un entrain qui ne ferait pas rougir leurs ancêtres Communards, a déclenché les souvenirs de la Terreur. La jeunesse prolétarienne est la digne héritière des Sans-culottes et des fils et des filles de l’immortelle Commune de Paris. Avec un spontanéisme organisé, la plus belle jeunesse qu’a notre pays, armée d’un courage en accord avec l’Histoire, est venue déstabiliser le consensus bourgeois et donner une voie vibrante à la rage profonde du peuple. La jeunesse du 93 s’est faite la caisse de résonnance des 70 % de la population, en un mot des masses populaires. Cette jeunesse, tout comme le prolétariat, ne fait pas partie du consensus ; elle le refuse car, par pratique historique, elle sait que cela va contre son intérêt. C’est pour cela que les typiques manifestations de centre-ville sont boudées par le cœur de la classe. Elles appartiennent aux couches intermédiaires, aux « syndicalistes », au « milieu politique », à tous ceux qui n’ont pas rompu au fond le consensus et qui attendent encore quelque chose de ce régime en perdition. La jeunesse prolétarienne aux côtés de ses troupes de chocs, la Jeunesse Communiste, a montré que le prolétariat est le moteur et la direction de la Révolution Socialiste en France. La jeunesse prolétarienne a réussi à entraîner tout le reste de la jeunesse dans son sillon, c’est un fait éloquent. Il en sera de même avec la classe ouvrière qui, elle seule, a le moyen d’entraîner les vastes secteurs en crise de la société. Là aussi l’unique question est la structuration d’un puissant Mouvement Communiste, c’est-à-dire de son Avant-garde.
Maintenant, nous comprenons l’importance stratégique pour la bourgeoisie de contenir le mouvement de la jeunesse (et tout mouvement social) dans des manifestations non-antagoniques, ne brisant ni le consensus, ni l’ordre bourgeois, se refusant à la politique. La prise d’otage des négociations après des journées à rallonge de luttes creuses est toujours le marqueur de la reprise en main. Nous avons là la lutte entre l’ancien et le nouveau, entre l’ancienne époque et la nouvelle vague de la Révolution Prolétarienne. Le retour de la violence politique exprime la rupture du socialisme de l’impérialisme en acte, en pratique.
La manifestation du mardi 6 octobre, où la police avait ordre de reculer, de réprimer avec une certaine retenue, avec des manifs sauvages acceptées etcontrôlées est une tentative de reprendre le contrôle sur le mouvement et de le réinsérer dans le spectacle démocratique en faisant évacuer le trop plein de combativité. Il est donc évident que le Mouvement Communiste dans son ensemble doit pousser à détruire ce consensus en augmentant la mobilisation et la combativité des masses. En ce sens, les revendications immédiates n’ont que peu d’importance face à la question du développement de la conscience révolutionnaire. Les revendications de tout mouvement sont toujours une contradiction, elles doivent permettre des victoires mais en même temps elles peuvent faire partie du spectacle démocratique, du retour à la normale. Il faut quand même être bien naïf, ou hypocrite, pour penser que l’explosion de violence révolutionnaire de ces derniers jours est le résultat du manque de professeurs… Penser cela c’est dépolitiser le Mouvement, car le fond c’est bien la société actuelle, l’avenir d’une jeunesse dont l’avenir lui échappe totalement, dont l’horizon se trouve entre écocide et guerre mondiale. Les revendications des masses insurgées étaient toutes autres, c’était en substance « niquer du flic » et « brûler son bahut » condensé dans « nous ne sommes pas des chiens ». De quoi parlons-nous, si ce n’est des représentants directs de l’oppression bourgeoise dans le quotidien de la jeunesse prolétaire ? L’école bourgeoise n’est pas un agent d’émancipation du prolétariat, mais un outil de formation à un ordre injuste, le capitalisme. Tandis que de son côté, la police hante le quotidien des quartiers populaires et terrorise la jeunesse dans son espace de vie. S’attaquer directement au pouvoir, sans passer par tous les dispositifs du contrôle bourgeois, est déjà une revendication de la nécessité de la conquête de celui-ci par la voie révolutionnaire. Le prolétariat désire le pouvoir, il exige la direction politique.
Le mouvement actuel est dans un entre-deux, nous devons mettre tout notre poids et notre foi pour le faire pencher du côté de la révolution. L’enjeu politique dès aujourd’hui est de redéborder et de briser la dérive de « type mouvement social » d’ancienne époque. Nous ne pouvons accepter qu’il soit récupéré, digéré, détruit par l’opportunisme. Cela doit être porté par le Mouvement Communiste par tous les moyens possibles. Accepter la reprise de contrôle de l’État sur le mouvement, c’est acter sa mort et c’est condamner d’avance le 17. C’est de plus pousser la jeunesse dans les bras de l’opportunisme électoral, qui va faire son beurre sur la détresse du prolétariat. C’est dans ces moments intenses que l’Avant-garde se révèle et est choisie par les masses. Il y a une fraction de la population d’ores-et-déjà révolutionnaire, elle a la masse nécessaire pour changer l’agenda politique de restructuration / réactionnarisation de la vieille société, nous devons la réveiller.
Quoi qu’il en soit, la violence révolutionnaire est juste. La jeunesse prolétarienne de France est glorieuse, elle a fait trembler les fondements de la vieille société en rappelant à tous les nantis, les bourgeois et leurs chiens de garde, que la Terreur de 1793 n’a été qu’ajournée. Elle est courageuse et non lâche. Qu’on se le dise : sous chaque capuche sommeille un Robespierre, un Communard, un Résistant, il n’y aura pas de place pour la demi-mesure.
[1] Lénine, l’État et la Révolution.
[2] Ibidem.
