Sur les grandes mobilisations pour le logement en Espagne

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Depuis le début du mois d’octobre, l’Espagne connaît l’une des révoltes sociales les plus importantes de la décennie sur la question du logement. L’étincelle qui a allumé cette grande poudrière a été l’expulsion violente d’une femme âgée par la police, comme le rapporte le média Servir al Pueblo :

« Le 23 septembre, l’État espagnol a exécuté, sous les ordres de la société immobilière Urbagestion, l’expulsion de Maricarmen, une femme de 87 ans. Maricarmen, handicapée à 50%, vivait dans cet appartement du quartier de Retiro depuis 70 ans. Il s’agissait de la quatrième tentative d’expulsion à laquelle il a fait face, et malgré les plus de 400 personnes qui ont campé devant sa porte et ont résisté pacifiquement, la police nationale a fini par entrer dans la maison de Maricarmen et l’expulser de son domicile. Elle est sortie sur une civière, très affaiblie physiquement, et après avoir été expulsée de son domicile, elle a fini par être admise à l’hôpital Gregorio Marañón. »1

Maricarmen est finalement décédée ce mercredi 7 octobre, tuée par la cupidité des rentiers, avec la complicité des agents de l’État. Ce décès a amplifié la colère des manifestants, organisant de grandes marches de deuil et de protestation dès le lendemain. Toujours selon Servir al Pueblo, la mobilisation est largement alimentée par d’autres cas individuels devenus symboliques, comme le suicide d’Olga Matute le 7 septembre, victime d’une expulsion locative en Catalogne.

Grande manifestation pour la mémoire de Maricarmen, El Salto Diario.

La révolte, tant par sa durée que par son ampleur, démontre le niveau d’exaspération des masses face à une situation de double exploitation croissante dans le pays, où les bas revenus perdent ensuite une large part de leur salaire à engraisser des multi-propriétaires : Près de 31 % des locataires espagnols consacrent plus de 40 % de leurs revenus à leur logement, tandis que le parc de logements sociaux ne représente qu’environ 3,3 % du total, soit l’un des taux les plus bas d’Europe occidentale2.

Les 2, 3 et 4 octobre, des manifestations ont eu lieu dans 47 villes du pays, à l’appel des différents syndicats de locataires. Lundi 5 octobre, Barcelone s’est enflammée, avec une manifestation combative comptant plus de 120 000 participants. Les manifestants se sont longuement affrontés à la police en dressant une trentaines de barricades, blessant 30 agents3. Les mobilisations de tout le pays sont ponctuées par de larges manifestations et des occupations d’espaces publics : A Madrid, on compte vite 2 000 personnes réparties dans 1 240 tentes à la Puerta del Sol4 ; autre exemple avec un grand campement permanent devant la mairie de Valence, décidé en assemblée par les manifestants restés mobilisés5.

C’est dans ce contexte que le gouvernement opportuniste « socialiste » de Pédro Sanchez a annoncé la dissolution du Congrès des députés lundi 5 octobre, convoquant des élections à la fin du mois de novembre. Sanchez se présente comme défenseur de la cause des locataires après que le parlement ait rejeté deux décrets-lois qu’il avait soumis au vote des députés la semaine précédente. La manœuvre consiste ainsi à faire de ces prochaines élection un plébiscite sur le droit des locataires, s’appuyant sur la frange opportuniste et pacifiste du mouvement, tout comme de la presse bourgeoise, pour canaliser la colère au service de l’opportunisme électoral.

Bien entendu, cette manœuvre est de la poudre aux yeux. Comme chez nous en France, les petites mesures paramétriques ne changent pas la vie des gens, tant qu’elles ne s’attaquent pas à la source des problèmes : qui possède quoi ? Qui s’enrichit sur le dos de qui ? C’est dans cet esprit de solidarité internationaliste que des habitants de la commune d’Aubervilliers ont rendu hier soir un hommage à la mémoire de Maricarmen, à l’initiative du Comité Populaire d’Entraide et de Solidarité (CPES) du quartier Vallès – La Frette. Comme les peuples mobilisés d’Espagne, leurs syndicats de locataires et Comités révolutionnaires, nous appuyons que seul le peuple sauve le peuple. Nous adressons toutes nos pensées à la mémoire de Maricarmen.

1L’élimination du pacifisme : l’expulsion de Maricarmen et l’organisation de la réaction populaire, Servir al Pueblo, 28 septembre 2026.

2Défenseur du peuple espagnol (Defensor del Pueblo), rapport sur l’accès au logement en Espagne (données Banco de España, 2e trimestre 2024)

3[Barcelone] Nouvelles manifestations pour le logement : 13 arrestations et 30 policiers blessés, Servir al Pueblo, 7 octobre 2026.

4Puerta del Sol : la rébellion est justifiée, Servir al Pueblo, 1er octobre 2026.

5[Valence] Samedi de lutte : 5 arrestations, 9 policiers blessés et campement illimité, Servir al Pueblo, 7 octobre 2026, 4 octobre 2026.