En Europe, le feu de la contestation s’étend à toute la prairie asséchée par la crise

·

Alors que la mobilisation et les contestations sociales en France ne faiblissent pas, entrant dans la 7e semaine depuis l’explosion du mouvement des lycéens, plusieurs autres pays européens sont aussi touchés par l’explosion de colère de cette rentrée 2026.

Un an après le mouvement dit « de la Gen Z » à la rentrée 2025, cette explosion large et violente de la jeunesse au Maroc, à Madagascar, au Népal ou encore au Bangladesh, c’est un nouveau mouvement de la jeunesse qui s’est déclenché, et attisé récemment.

La jeunesse et les masses populaires se mobilisent contre le coût de la vie, contre la corruption, contre la guerre, et comme en France sont reçues par une répression énorme.

En Allemagne, à l’appel d’un mouvement de jeunesse appelé «GenZ Regelt» (« La gen Z décide »), ce sont plus d’une trentaine de villes qui ont été le théâtre de manifestations contre le coût de la vie, l’état des établissements scolaires ou encore contre le rétablissement du service militaire. A Berlin, Hambourg et Francfort, la fin de journée a été l’occasion d’affrontements et de pillages. Ce fait, rarissime outre-Rhin, a frappé le pays, et a fait craindre aux éditorialistes bourgeois et réactionnaires un embrasement semblable à celui que connaît la France.

En Italie, la mobilisation de la jeunesse, du prolétariat, les agriculteurs ou encore les chauffeurs routiers se sont rejoints pour dénoncer coût de la vie, problèmes de logement, ou encore prix de l’essence. La grève générale appelée par les syndicats a été rejointe par une importante mobilisation étudiante. Cette mobilisation récente fait suite à un premier acte le week-end du 17 octobre qui avait très largement tourné à l’affrontement, avec là aussi de nombreux pillage dans Milan. Face à la colère qui grogne, le gouvernement a fait le choix de la répression et de la militarisation, déployant directement des véhicules militaires et multipliant les perquisitions et autres arrestations.

En Belgique, la jeunesse s’est largement mobilisée ces dernières semaines, directement inspirée par les mobilisations françaises. Blocages de lycées, affrontements, et pillages de magasin ont frappé les grandes villes du pays.

Au Danemark, la jeunesse étudiante et lycéenne se mobilise fortement contre les coupes du montant des bourses et les velléités de restriction de l’accès des jeunes à l’assurance chômage. Manifestations, blocages ont troublé un pays rarement secoué par ce type d’actions et de mobilisations sociales.

En Albanie, la «révolution des flamants roses» a explosé contre la corruption, le coût de la vie et pour de meilleures conditions d’étude en mai dernier. Les manifestants dénonçaient la corruption des responsables politiques et le projet de vendre des terrains protégés au gendre de Trump pour la construction d’un complexe hôtelier de luxe à Zvërnec et Sazan. Après 3 mois de mobilisation pacifique et face au mépris du gouvernement, les étudiants se sont plongés dans la bataille et se sont dressés face à la répression. Depuis, la jeunesse combative affronte quotidiennement la répression brutale. Le chef du gouvernement, Edi Rama, avoue s’inspirer du modèle français de répression «casseur-payeur». Malgré la violence de la réponse policière, le mépris permanent des politiques et de la bourgeoisie, la jeunesse mobilisée entend poursuivre sa mobilisation, et mener la révolution contre la dictature bourgeoise et pour la démocratie.

En parallèle de ces mouvements de jeunesse, les organisations syndicales de plusieurs pays appellent à rejoindre les contestations. Suite à une rencontre coordonnée, des représentants d’organisations syndicales françaises, espagnoles, italiennes, britanniques, portugaises, grecques et belges annoncent rejoindre le mouvement, et appuyer la mobilisation de façon coordonnée fin novembre avec un appel international les 20, 21 et 22 novembre.

Nous voyons ainsi traverser l’Europe ces vagues de contestation et de soulèvement face à un système à bout de souffle : les impérialistes du vieux continent ne parviennent plus à acheter la paix sociale par le pillage des pays opprimés, et la crise s’intensifie jusque dans les bastions de la bourgeoisie.

La généralisation du pillage de magasins illustre cet approfondissement de la crise : jamais nous n’avons produit autant, et pourtant jamais le vol de la force de travail n’a été aussi important, et ceci avec la capacité pour des masses de plus en plus larges de se procurer ce qu’elles produisent.

Les réactions politiques aussi sont parlantes ! Le pillage est condamné plus durement que les affrontements avec les forces de police, car il touche au cœur de ce qu’est l’impérialisme, un système productif dans lequel la marchandise occupe un rôle central.

Loin de leurs mensonges médiatiques, la fébrilité des éditorialistes et autres serviteurs fidèles de la bourgeoisie révèle en essence la composition de cette séquence politique : il ne s’agit pas d’une explosion de sauvages et autres casseurs, mais bien d’un soulèvement intimement politique, qui met profondément en porte-à-faux bourgeois et impérialistes, dont la colonne vertébrale, la police, ce corps spécial d’hommes et de femmes armés et détachés du reste de la société, a été contrainte de ne pas défendre la sacro-sainte marchandise.

En réponse à cette attaque de la marchandise, la bourgeoisie accentue sa réactionnarisation. Attaque du droit de grève, interdiction de rassemblements, mobilisation des services anti-terroristes et menaces d’interdictions et de dissolutions de groupuscules de gauche. Citons enfin des groupuscules d’extrême-droite, et autres milices serviles qui se mobilisent pour «défendre les commerces» contre les pilleurs, faisant le jeu de la bourgeoisie comme à leur habitude.

La réactionnarisation, processus de la bourgeoisie en crise, se sert de la crise sociale pour s’accélérer, pour tenter d’endiguer le développement de la crise de force. Mais la révolution ne peut pas s’enchaîner, elle naît de l’oppression des masses et des tentatives de restructurer la structure productive, et elle continuera de se développer et de s’élever au dessus des tentatives répressives.