Du 6 au 7 juin avait lieu la première édition du Festival Novo Brasil à Toulouse. Centré autour des luttes du peuple au Brésil, en particulier la lutte des paysans pauvres, l’évènement visait à renforcer les liens culturels et politiques entre le peuple de France et celui de Brésil, tout en impliquant la diaspora brésilienne de France dans le combat pour la Révolution agraire dans son pays d’origine. Invités pour cette première édition, notre rédaction en propose un compte-rendu.
C’est par une chaude matinée que notre rédaction franchit pour la première fois les portes de la Chapelle, lieu où s’est tenu pendant deux jours cet évènement d’un genre nouveau. Dès 9 heures, toute une fourmilière d’activistes et de militants associatifs s’affairent dans les préparatifs de la journée. Aux abords de la grande salle, nous voyons partout les grandes figures de la lutte pour la terre et la révolution socialiste au Brésil. Sont mis à l’honneur des figures de la lutte populaire comme Carlos Marhigella, Sandra Lima et bien d’autres, mais aussi des figures internationales de la lutte anti-impérialiste, dont parmi elles le Camarade Basavaraj, héros de la Révolution en Inde et tombé en martyr, ou encore Yahya Sinwar, héros de la Résistance palestinienne lui aussi tombé en martyr en 2024.


À l’installation des stands, nous constatons la présence de plusieurs organisations, dont la Ligue Anti-Impérialiste, la Jeunesse Communiste, le Comité Populaire d’Entraide et de Solidarité du Mirail, ainsi que la branche toulousaine du Secours Rouge. Plus loin, un stand des Editions Filles de la Commune est visible près de l’entrée. Partout aux abords de la salle principale, des drapeaux de la Ligue des Paysans Pauvres du Brésil (LCP) et du Comité Nouveau Brésil, organisation française de défense des droits démocratiques des peuples, et plus particulièrement le Brésil. La Palestine est mise à l’honneur, avec des appels à la libération d’Ahmad Sa’adat, secrétaire général du Front Populaire pour la Libération de la Palestine, enfermé dans les geôles sionistes depuis plus de 20 ans.

En fin de matinée, le festival ouvre ses portes, et le premier évènement politique de la journée peut débuter. La première partie de la journée est dédiée à la présentation de deux documentaires tournés par le journal révolutionnaire brésilien A Nova Democracia, consacrée à la lutte des paysans pauvres pour la terre. Une fois tout le monde installé, un intervenant présente la séance au nom du CNB :
« Pourquoi le Brésil ? Car nous sommes internationalistes et la France, l’impérialisme français sont très présents au Brésil. Les problèmes au Brésil sont connus, on a tous vu les massacres dans les favelas, les massacres, etc. L’impérialisme a une très grandes responsabilité dans ce qu’il se passe, c’est le second plus gros investisseur après les USA, qui est le principal ennemi des peuples d’Amérique du Sud. Dans ce jeu macabre, les grandes entreprises françaisesont une grande responsabilité. Ce qui nous a mené à la conclusion d’avoir les liens avec les brésilienset spécifiquement la LCP, dont nous allons va beaucoup parler aujourd’hui comme d’autres mouvements qui luttent pour la réappropriation de la terre. »
Il continue plus loin en développant la nécessité urgente de faire parler de la situation actuelle dans le pays, soulignant le caractère génocidaire de la répression d’état et des propriétaires terriens contre le peuple :
« Ici on peut faire pression sur le pouvoir politique français pour empêcher les manigances contre le peuple, notamment concernant le génocide en développement. Le but de ce festival, c’est de faire connaître la situation aux français et à la communauté brésilienne qui parfois connaît peu cette situation là du fait de la situation compartimentée du Brésil. »
Une fois la présentation générale du festival terminée, la suite de la prise de parole est donnée à un invité politique brésilien, membre du CEBRASPO, ou Centre Brésilien de Solidarité du Peuple, qui nous fit l’honneur de présenter son organisation, ainsi que de traduire les vidéos présentées, mais surtout la situation particulière du mouvement pour la terre au Brésil. Les participants ont pu notamment comprendre comment est née la LCP, issue du sang des martyrs de la bataille de Santa Elina de 1995 -qui a été le sujet d’une exposition en portugais et en français devant le lieu.

« Le latifundio, la propriété terrienne est un pilier pour l’existence de l’impérialisme. Le latifundio a besoin d’extraire toujours plus pour la vendre aux impérialistes. La révolution agraire arrive et sera un coup énorme contre l’impérialisme qui aura une résonance mondiale. (…) C’est pour cela que de toutes les luttes que le CEBRASPO défend la lutte pour la terre est principale. »
Sur la première vidéo, on y voyait la bataille de Barro Branco, où le 28 septembre 2024, plus de 300 familles organisées depuis des décennies dans la LCP ont affronté les forces criminelles du Vieil État brésilien et des milices armées des propriétaires terriens pour défendre la terre qu’elles occupent. L’occasion pour le CEBRASPO de faire une histoire de la lutte pour la terre au Brésil et l’histoire des luttes depuis l’indépendance du pays.
La seconde vidéo occupa les deux jours et détaillait plusieurs points importants de la réforme agraire, notamment le programme de la Ligue des Paysans Pauvres, l’organisation du Nouveau Pouvoir dans les campagnes, notamment dans l’État de Rondonia, montrant en détail la construction de la vie sociale des paysans pauvres, et surtout la campagne féroce de répression de l’État au service du latifundio. L’État fédéral a dépensé des sommes énormes, notamment policières pour écraser la résistance paysanne. Cette année seulement, le BOPIS, force spéciale responsable des massacres des favelas, ont tués 3 paysans dans la zone de Manoel Ribeiro, tue et brûle tout ce qui appartient aux paysans, civils désarmés et animaux compris.


Mais cette exposition de la violence réactionnaire n’a pas provoqué le défaitisme escompté par les génocidaires du peuple. Comme le rappelle le CEBRASPO :
« Si la violence s’intensifie, c’est que la Révolution agraire. (…) Notre lutte est sacrée et dure depuis des siècles, et un jour les assassins du peuple paieront pour leurs crimes. Nous jurons sur le sang de nos héros tombés que nous ferons tout pour conquérir le pouvoir et la terre pour construire la Nouvelle Démocratie ! »
La fin du second documentaire s’est achevé par des questions du public et un chant collectif de l’hymne de la LCP « Conquistar a terra », avant de passer au reste de la journée, consacré aux festivités. Des chants palestiniens, brésiliens, ainsi que de la musique traditionnelle brésilienne a résonné dans tout le quartier pendant deux soirées consécutives, avec une forte affluence, notamment de la communauté brésilienne de Toulouse. Des groupes de discussion en portugais, ainsi qu’une exposition sur les crimes du régime compradore brésilien et de l’impérialisme dans la destruction de la forêt amazonienne ont renforcé le caractère démocratique de l’évènement.
Ce festival, dans les mots du représentant du CEBRASPO, a une importance cruciale dans le soutien à la Révolution Agraire. Beaucoup de choses sont possibles aujourd’hui en France, dont cette initiative fait partie. Faire connaître ces luttes et créer un courant d’opinion favorable, c’est une arme puissante pour informer le peuple et contrer les manœuvres génocidaires de l’État brésilien. Les paysans pauvres du Brésil savent que leur lutte est connue à l’internationale, leur donnant davantage de forces pour continuer le combat pour la Révolution agraire. Au fur et à mesure que le combat de la LCP va croissant, il est clair que cette première édition du Festival Novo Brasil n’a été que le coup de semonce d’une grande campagne de défense de cette révolution, dont il est indubitable que ses secousses feront trembler le vieux monde tout entier.





