Il y a de cela presque un an, nous écrivions à propos de la trahison du gouvernement libanais, suite au vote du désarmement, les 5 et 7 août, de la résistance, dans un contexte d’accalmie de façade dans la guerre face à Israël où des bombardements quasiment quotidiens avaient fait plus de 300 morts depuis le « cessez-le-feu » du 27 novembre 2024. Depuis, les attaques avaient continué sur l’ensemble des territoires du sud, de la banlieue sud de Beyrouth et dans la Békaa à l’est, alourdissant toujours plus le nombre de morts, jusqu’à une nouvelle étape dans cette guerre le 28 février, lorsque la résistance libanaise avait relancé son front contre Israël en soutien à l’Iran, subissant l’agression impérialiste américano-sioniste. Une réouverture du front qui était surtout inévitable pour la résistance dans la mesure où Israël prévoyait également une nouvelle offensive plus directe dans le sud du Liban.
Israël s’est de nouveau affirmé dans son entreprise barbare à l’égard du Liban, bombardant massivement les zones civiles, causant la mort de 4 500 personnes et le déplacement de centaines de milliers de Libanais, le tout accompagné d’une occupation des territoires du Sud avec la destruction systématique des villages frontaliers, visant surtout à détruire les perspectives de retour des habitants libanais. Toutes ces manœuvres continuent malgré un nouveau « cessez-le-feu » en vigueur depuis quelques semaines.
Une guerre destructrice mettant tout de même Israël en échec quant à ses objectifs de détruire la Résistance libanaise. En effet, malgré la destruction de villages entiers, les capacités opérationnelles de la Résistance subsistent et ralentissent l’avancée de l’armée sioniste en adoptant une doctrine de guérilla, tactique traditionnelle de la Résistance. Cette doctrine se fait à rebours de septembre 2024, où une stratégie de guerre symétrique avait été décidée et qui avait coûté cher à la Résistance. Ce changement a porté ses fruits. Entre autres, la Résistance a annoncé avoir touché plus de 500 chars Merkava depuis le mois de mars, sans compter tous les autres types de véhicules et le nombre important de morts et de blessés parmi les troupiers de l’armée d’occupation.
Aujourd’hui, le Liban occupe une place majeure dans les négociations en cours entre l’Iran et les États-Unis, et figure comme une ligne rouge à ne pas franchir. Ainsi, les attaques contre le Liban, malgré le cessez-le-feu, pousseront l’Iran à refermer le détroit d’Ormuz. L’agression continue du Liban marque davantage la frustration de l’échec d’Israël à atteindre des objectifs concrets, ce qui constitue un succès politique et militaire incontestable pour la Résistance.
Mais alors, face à cela, quelle est la réaction de l’État libanais ? Rien d’autre que la complicité. En effet, le Président Joseph Aoun ainsi que le Premier ministre Nawaf Salam n’ont eu de cesse d’accuser une ingérence iranienne. Ce discours nie les décennies d’expansion sioniste au Liban et dans le reste de la région, et laisse les masses du pays subir un véritable nettoyage ethnique dans le Sud. Le coup de grâce est l’accord signé directement avec Israël sous l’aval des Yankees, un accord tripartite qui viserait à rétablir la sécurité et l’intégrité territoriale. Cet accord n’est qu’une parodie sans nom qui révèle au grand jour la soumission pleine et consciente de la bourgeoisie compradore libanaise à l’impérialisme, car reconnaît de fait Israël et entame la normalisation avec ce dernier. La signature de ces accords par le gouvernement libanais est une négation complète des massacres sionistes commis au Liban et s’oppose directement à la Résistance nationale du peuple.
L’accord signé le 26 juin a un caractère doublement traître, puisqu’il a été signé à la date du 10 Muharram du calendrier islamique, correspondant à la commémoration pour la communauté chiite de la journée d’Achoura, jour du souvenir de la bataille de Kerbala dans le chiisme. Cette journée de commémoration religieuse est observée au Liban comme une occasion de rendre hommage aux martyrs de la Résistance, où les familles arborant le portrait de l’Imam al-Hussein arborent également celui d’un frère, d’une sœur, d’un père, d’une mère, d’une fille ou d’un fils mort sous les balles du sionisme.
Mais que peut-on attendre d’un gouvernement en faillite dirigé par une bande de mafieux fossilisés ? Si nous constatons l’oppression des masses chiites par la guerre avec Israël, ce gouvernement de façade opprime en réalité l’ensemble des masses du Liban, toutes communautés confondues.
En réponse, les masses du Liban font vivre la solidarité, montrant que les clivages confessionnels sont avant tout instrumentalisés par une bourgeoisie compradore à la solde de l’impérialisme. La réalité des masses chrétiennes et sunnites est qu’elles accueillent les déplacés chiites dans leurs écoles, gymnases, églises et maisons. Il est important de ne pas se laisser tromper par les nouvelles stars des chaînes de télévision ou les multiples médias comme L’Orient-Le Jour, à la solde d’une bourgeoisie qui, pour la plupart, ne vit même pas au Liban.
Ne nous méprenons pas : il y a un précédent à cette situation. En effet, durant la guerre du Liban de 1975 à 1990, les milices fascistes chrétiennes, parmi lesquelles on peut citer les Kataeb responsables notamment des massacres de masse de réfugiés palestiniens à Sabara, Chatila ou Tel al-Zaatar pendant la guerre civile, avaient combattu main dans la main avec les sionistes, allant jusqu’à acter à Beyrouth la normalisation en 1982. Une tentative qui s’est soldée par un échec suite à la réaction des masses, qui se sont muées en résistance nationale armée.
Il est pourtant clair que les masses toujours aujourd’hui refusent la normalisation, malgré la puissance de l’impérialisme et de ses relais compradores corrompus, une chose que les traîtres Nawaf Salam et Joseph Aoun semblent oublier. Le jour de la signature de l’accord, elles sont sorties dans les rues pour marquer leur soutien à la voie de la Résistance et ont brûlé les affiches de propagande « Lebanon First » qui avaient recouvertes affiches de la Résistance.
En définitive, il n’y a que peu d’attentes à avoir d’un État qui permet l’invasion et l’occupation de sa capitale, qui ne fait rien pour libérer ses territoires, qui ne peut étendre son autorité qu’avec l’aide de son ennemi, qui laisse son peuple mourir tout en encaissant l’argent des pays donateurs pour le stocker dans ses coffres… et qui n’assume même pas les tâches d’un État au service des bourgeois et des propriétaires terriens. La seule voie qui s’offre aux masses du Liban n’est alors rien d’autre que celle de la continuation de la Résistance, car le déshonneur du régime compradore de Beyrouth ne s’arrêtera pas à la rivière Litani.
