Nous publions ici un article reçu du Cumitatu di Ricustruzzione di u Partitu Cumunistu (CRPC) de Corse.
In st’estate di u 2026, a terra corsa brusgia torna. In a valle di a Restonica, in Corti, e fiamme divuranu più di nove-centu ettari di furesta è di machja plurisicentarie. In Biguglia è Furiani, à e porte di Bastia, sò digià sessanta ettari chì brusgianu à trè-centu metri da l’abitazioni. Ghjuvelli eculogichi, lochi pasturali è spazii di vita sò ridutti in cennere, minaccendu e stazzone, l’abitazioni è un ecosistema fragile di a nostra isula. Di pettu à stu disastru chì torna, a prupaganda burghese è a burocrazia francese s’affrettanu in falze scuse cum’è a fatalità di u tempu o u scundesu climaticu. Iss’incendii sò u pruduttu direttu d’un sistema capitalistu imperialistu in infracichera, chì face nasce crisi da e so cuntradizioni interne chì u purtaranu à a so ruvina.
« En cet été 2026, la terre corse brûle à nouveau. Dans la vallée de la Restonica, à Corti, les flammes dévorent plus de neuf cents hectares de forêt et de maquis pluricentenaire. À Biguglia et Furiani, aux portes de Bastia, ce sont déjà soixante hectares qui brûlent à trois cents mètres des habitations. Des joyaux écologiques, des zones pastorales et des espaces de vie sont réduits en cendres, menaçant les bergeries, les habitations et l’écosystème fragile de notre île. Face à ce désastre récurrent, la propagande bourgeoise et la bureaucratie française s’empressent de trouver de fausses excuses comme la fatalité de la météo ou le dérèglement climatique. Ces incendies sont le produit direct d’un système capitaliste impérialiste en décomposition, qui engendre des crises nées de ses propres contradictions internes, lesquelles le mèneront à sa ruine. »
Alors que les montagnes de Corti se consument, l’État français fait preuve d’une incurie et d’un mépris structurels qui caractérisent la gestion des territoires dominés. Pendant que plus de deux cents pompiers du SIS2B et acteurs locaux luttent courageusement au sol dans un relief escarpé, les moyens matériels, plus spécifiquement aériens lourds, manquent cruellement. Alors qu’il faudrait un escadron permanent de bombardiers d’eau Canadairs ou Dash basé sur l’île toute l’année pour intervenir immédiatement dès les premiers départs de feu, la Corse est maintenue dans une dépendance totale vis-à-vis des bases du continent comme Nîmes, par laquelle toutes les décisions d’affectation d’appareils en Corse doivent passer.Les secours arrivent trop tard, lorsque les foyers ont déjà parcouru plusieurs dizaines ou centaines d’hectares. Dans la Restonica, après avoir signalé aux pompiers de Corse l’impossibilité de mobiliser les deux Canadair sur place, ces derniers ont ensuite été envoyés dans le Var.
L’altercation publique et virale entre la préfète de Haute-Corse et la présidence du SIS2B1 résume à elle seule la nature des rapports entre l’État central et le peuple corse. D’un côté, la bureaucratie préfectorale, représentante directe de l’appareil d’État bourgeois centralisé, rejetant la faute sur les instances locales, niant la nécessité de moyens aériens permanents pré-positionnés en Haute-Corse, et sommant les secours de faire avec ce que Paris daigne envoyer. De l’autre, les responsables du SIS2B et les spinghjifochi (pompiers) confrontés sur le terrain au manque catastrophique de moyens et dénonçant l’abandon du territoire. Voir une haute fonctionnaire de l’État colonial tancer les représentants des pompiers corses parce qu’ils exigent des moyens vitaux pour protéger nos forêts et nos vies est une insulte au peuple travailleur de cette île. C’est le mépris et le cynisme d’une administration d’occupation qui ne voit la Corse que comme une colonie de vacances pour la bourgeoisie continentale et européenne.
Si le maquis brûle avec une telle violence, c’est également parce que le modèle social et productif de la Corse a été profondément déstructuré au cours des dernières décennies par l’intégration forcée au marché mondial et aux politiques de l’Union Européenne. Pendant des siècles, la société agro-pastorale corse maintenait un équilibre dynamique avec son milieu. Le pâturage extensif des caprins et ovins entretenait les sous-bois, nettoyait la végétation sèche et freinait le développement incontrôlé des broussailles. L’aménagement des terres en terrasses et l’entretien des réseaux d’irrigation traditionnels assuraient une rétention d’eau optimale dans les sols. La mosaïque paysagère créée par les cultures, les jardins et les zones de pâture constituait un réseau dense de coupe-feux naturels. La pénétration des rapports de production capitalistes, la spéculation immobilière soutenue par l’industrie du tourisme, ainsi que les directives libérales du marché européen ont ruiné la petite paysannerie. Les terres agricoles ont été abandonnées, accumulés ou accaparées pour la rente foncière et la construction de résidences secondaires. La désertification rurale de l’intérieur de l’île a laissé place à une biomasse non entretenue, transformant la montagne en une véritable poudrière. En détruisant ce modèle au profit de la métropolisation côtière, de l’économie de comptoir et de hub logistique, le capitalisme a supprimé les barrières écologiques naturelles contre l’incendie. Pour preuve, l’incendie ayant ravagé 10 hectares à Patrimoniu le 23 juillet, a rapidement pu être maîtrisé par l’intervention des pompiers, mais surtout grâce au nettoyage des terrains agricoles voisins.
Au total, depuis le début de l’année 2026, ce seraient 1 600 hectares qui auraient brûlés en Corse. 22 000 hectares entre 2015 et 2025. Sur le seul été 2024 par exemple, 630 hectares de terre sont partis en fumé dans la région, dont 230 hectares sur l’incendie de Barbaggiu. L’un des plus gros incendies de la décennie a eu lieu en 2020 à Bavella, où 3 140 hectares ont été détruits. L’année 2017 également a été particulièrement dévastatrice, avec plus de 8 000 hectares brûlés, dont 5 000 hectares cumulés sur les seules communes d’Olmeta-di-Tuda, Nonza et Ville-di-Parasu. Derrière chaque hectare calciné, ce sont des zones entières de faune et de flore détruites, des animaux brûlés, des zones agricoles ravagé, des maisons et des villages menacés, des corses inquiets pour leur vie, et des pompiers qui mettent leur vie en première ligne pour protéger la population.
Les incendies gigantesques qui ravagent le monde, notamment la Méditerranée et plus particulièrement notre île sont l’expression matérielle de la contradiction fondamentale entre le mode de production capitaliste et les conditions de reproduction de la vie sur Terre. L’accumulation du capital et la recherche du profit maximal imposent au monde une surexploitation des ressources et des émissions de gaz à effet de serre industrielles qui dérégulent irrémédiablement le climat. La marchandisation globale de la nature laisse nos forêts à l’abandon et transforme nos territoires ruraux en parcs d’attraction touristiques saisonniers, vidés de toute présence humaine permanente et protectrice (l’affaire de la réserve de Scandola ou du parc éolien italien dans le Capicorsu nous l’a encore rappelé de manière certaine). Le dérèglement climatique n’est pas, comme le rabâche la bourgeoisie, un phénomène abstrait dont l’humanité globale serait également responsable. La responsabilité incombe à la bourgeoisie monopoliste mondiale. Le capitalisme en crise approfondit le saccage de l’environnement pour maintenir ses taux de profit, créant des étés de sécheresse extrême, des vents violents incontrôlables et une végétation sous stress hydrique permanent. La Corse n’échappe pas à cette loi matérielle, elle subit de plein fouet l’emballement des contradictions écologiques générées par le mode de production capitaliste.
Pendant que chaque été, la Corse se consume et que le personnel de santé des hôpitaux de Bastia et d’Aiacciu étouffe sous le manque de moyens, où va l’argent produit par le travail du peuple ? Des centaines de milliards d’euros vont dans la Loi de Programmation Militaire pour moderniser le système d’armement de l’impérialisme français, envoyer des munitions, participer aux guerres d’agression de l’OTAN et soutenir la dynamique de guerre impérialiste que la bourgeoisie au bord du gouffre voie comme seul salut dans un effort désespéré de garder le pouvoir. Des milliards vont pour la militarisation interne, le surarmement des forces de police et la surveillance des quartiers populaires. Nous prendrons ici pour exemple, tant la modernisation de la base de Sulinzara avec un budget de plus de 433 millions d’euros (rappelons le, dans la « région » la plus pauvre de l’hexagone, avec le moins d’infrastructures et où le coût de la vie est le plus cher) pour préparer à un conflit de haute intensité, ou encore les centaines de caméras de surveillance (400 000 euros) dont se dote la ville de Bastia tenue pourtant par un maire « autonomiste ». En parallèle, en 2024, le Premier Ministre d’alors, Gabriel Attal, annulait 53 millions d’euros d’investissements divers dans la gestion de crises et préventions des catastrophes, empêchant ainsi entre autres l’acquisition de deux Canadair supplémentaires. Après le mégafeu de Gironde en 2022, Emmanuel Macron s’était pourtant engagé à remplacer les 12 Canadair obsolètes français et à en commander 4 supplémentaires, promesse évidemment oubliée au profit des investissements militaires. La bourgeoisie fait ce qu’elle sait faire de mieux ; des promesses en l’air pour feindre une politique au service du peuple. Pendant ce temps, pour rénover les casernes de pompiers, pour reboiser de manière scientifique et écologique, pour financer un véritable corps public de sapeurs-forestiers permanents ou pour soutenir l’installation de jeunes agriculteurs-éleveurs, l’État bourgeois répond qu’il n’y a pas d’argent. C’est la logique barbare de l’impérialisme, des milliards pour détruire des peuples à l’étranger, des miettes pour sauver la terre et le peuple ici.
Face à ce désastre social et écologique, nous affirmons et nous répétons, que les réformes cosmétiques et les lamentations parlementaires ne résoudront rien. La question des incendies est une question éminemment politique et de classe. Si dans un premier temps nous pourrions exiger l’affectation immédiate et permanente d’une flotte de bombardiers d’eau basés en Corse toute l’année sous le contrôle direct des services de secours locaux et des travailleurs du secteur, un plan massif de recrutement et de titularisation pour les pompiers du SIS2B, du SIS2A et les sapeurs-forestiers de la Collectivité avec des salaires décents et du matériel de pointe, nous laissons ces justes revendications aux syndicats. Nous savons cependant que l’issue définitive à ces problèmes ne viendra que des masses par les masses, avec la nouvelle démocratie et la saisie du pouvoir politique sur notre île par notre classe, par l’expropriation des spéculateurs fonciers et la mise à disposition gratuite des terres à l’abandon ou occupées militairement pour celles et ceux qui les travaillent, afin de réinstaller un modèle agro-pastoral auto-suffisant, vecteur de sécurité incendie, la réaffectation immédiate des terres et des budgets militaires de l’État impérialiste français vers la sécurité civile, la santé publique, l’industrialisation et la protection des écosystèmes.
Travagliadori, paisani, ghjuventù di Corsica. Ùn saranu nè i prefetti di u Statu culuniale francese, nò l’affaristi di u turisimu chi salveranu à a nostra terra da u focu è da a ruvina. A prutezzione d’u nostru ambiente, d’a nostra salute è d’e nostre vite passa per l’urganisazione autonoma d’e masse pupulare. Avemu da custruisce i mezi di a lotta di classe in Corsica, per rompe e catene di l’ordine culuniale, e catene di a suprana imperialista è di l’imperialismu. Abbassu à u sistema capitalistu imperialistu, distrughjitore di a pianeta è di i populi.
« Travailleurs, paysans, jeunesse de Corse. Ce ne sont ni les préfets de l’État colonial français, ni les businessmans du tourisme qui sauveront notre terre du feu et de la ruine. La protection de notre environnement, de notre santé et de nos vies passe par l’organisation autonome des masses populaires. Nous devons construire les moyens de la lutte de classes en Corse, pour briser les chaînes de l’ordre colonial, les chaînes de la domination impérialiste et de l’impérialisme. À bas le système capitaliste impérialiste, destructeur de la planète et des peuples. »
1Service d’Incendie et de Secours de la Haute Corse, sous direction du Conseil exécutif de Corse.
