Depuis plusieurs jours des incendies ravagent le sud de la France, causés par des départs accidentels de feu, mais rendus possibles par le dessèchement des forêts dû aux différentes canicules qui nous ont touché depuis mai.
Plusieurs centaines de milliers de déplacés, des milliers d’hectares de forêts partis en fumée sans que les pompiers déployés depuis tout l’hexagone ne puissent espérer arrêter les incendies, qui ont déjà pris la vie de plusieurs d’entre eux.
Les médias à la solde de la bourgeoisie nous parlent à longueur de journée des Canadair qui manquent, mais se refusent à parler des causes profondes de ces feux de forêts, comme si les catastrophes n’étaient acceptables pour peu que l’on ai les moyens de les arrêter une fois qu’elles ont commencé.
La véritable responsabilité de ces feux de forêts est entre les mains des propriétaires fonciers et des industriels du bois. Les Landes n’ont pas toujours été une monoculture de résineux, promptes à s’enflammer à la moindre étincelle : c’est au 19e siècle alors que la bourgeoisie nouvellement au pouvoir remodelait les paysages pour accroître ses profits qu’ont été plantés ces forêts de pin.
Une étude publiée dans Nature Communications en 2025 montrait qu’une forêt « gérée », plantée pour l’exploitation intensive du bois, double le risque de feu de forêt par rapport aux forêts naturelles, avec leurs mélanges d’essences, leurs arbres aux ages variés, et leurs canopées qui retiennent mieux l’humidité.
Pourtant, la bourgeoisie n’en a rien à faire et continue aujourd’hui à détruire des écosystèmes pour son gain : en Creuse, la société américaine Sylvamo veut procéder à des coupes rases pour replanter des essences pour produire du papier. Nous avons rencontré un des manifestants qui s’est opposé à une de ces coupes rase fin juillet.
– Est-ce que tu peux présenter l’action à laquelle tu as participé ?
Nous nous sommes retrouvés aux abords du bois de Chardet. Des habitant.es, des militant.es et les médias sont là.
Un membre du réseau Canopée-Forêt vivantes nous a rapidement présenté le projet de destruction en cours : la coupe intégrale de 14 hectares de châtaigniers, de hêtres et de chênes. Sur la parcelle, un naturaliste a répertorié plus d’une trentaine d’espèces protégées, des chauves-souris, des amphibiens et de nombreux oiseaux, lors de deux études de terrain.
Ensuite, nous nous sommes dirigés vers la zone de coupe en passant par des parties encore épargnées. Il fait frais dans la forêt riche et vivante que nous traversons. Nous nous arrêtons au bord d’une des nombreuses zones humides de ce bois. À cet endroit nous parlons de l’importance de ce type de milieu pour la biodiversité et pour la potabilité de l’eau sur notre territoire granitique.
Nous continuons d’avancer, le bruit des machines commencent à couvrir le bruissement des feuilles. Les gendarmes nous appellent de loin, nous ne savons pas combien ils sont, ni comment ils vont nous recevoir. Nous sommes face à l’espace vide laissé par la coupe, la chaleur nous frappe, la terre est poussiéreuse. Nous poursuivons la descente de la parcelle en file indienne jusqu’à découvrir la machine au travail. Une partie du groupe s’approche de la débardeuse pour l’arrêter et ouvrir un dialogue avec l’opérateur. Il continue la coupe malgré le danger que cela présente pour les manifestants, heureusement il finit par s’arrêter.
La coupe est stoppée pour le restant de la journée. En raison de la canicule il est interdit de travailler avec les machines sur les plages horaires aux plus hauts risques d’incendie. Du coup il suffit de bloquer les machines la matinée, puisque la préfecture leur interdit de travailler l’après-midi.
– Qu’est-ce qui t’as amené à y participer ?
C’est une lutte importante à mes yeux. Le pays est en feu et c’est insupportable de constater l’inaction du gouvernement ou disons plutôt la complicité des politiques dans la destruction de la vie sur terre pour faire tourner l’économie.
Je suis personnellement attaché à cette forêt-là. J’ai grandi pas loin, ça fait des années que je la parcours à pied, à vélo, ce bois ma donné beaucoup de joie. Les forêts ont une importance centrale dans l’écologie on le sait et on le défend, mais au-delà de ce point de vue cartésien ce sont aussi des rapports sensibles à ces milieux qui nous touchent et nous poussent à l’action.
Comme lors du remembrement ce sont les industriels du bois et du papier qui en profitent, détruisant nos forêts et la vie qu’elles abritent pour se remplir les poches. Cette logique extractiviste n’est que du saccage. Il existe des manières de travailler avec le bois de nos forêts sans les détruire. Lors d’une autre manifestation contre les coupes sur une commune proche, un consultant forestier nous a expliqué à quel point la coupe rase est absurde même d’un point de vue économique pour le propriétaire : les arbres n’arrivant pas à maturité en même temps il est plus intéressant de les prélever en plusieurs fois afin de les valoriser en bois dur ce qui rapporte le plus d’argent au mètre carré. Ça permet d’étaler une rentrée d’argent avec un bois qui reste vivant plutôt qu’une seule et unique entrée d’argent tous les 50 ans, et seulement si ça repousse. Parce qu’aujourd’hui, à cause des sécheresses à répétition, les plantations ne prennent plus, des parcelles entièrement replantées meurent sur place. Le consultant préconise une gestion en couvert continue.
C’est dans cette logique que plusieurs habitants se sont réunis pour créer un groupement forestier, cette forme de société leur permet de racheter des parcelles de forêt afin de les gérer en couvert continu.
– Comment ça s’est passé sur place ? Comment était l’opposition entre les deux parties ?
Apparemment les RG étaient là dès le début, et un gendarme infiltré était parmi nous, il est allé voir ses collègues à la fin de l’action. Les gendarmes sont arrivés en cours de route. Finalement ça s’est bien passé, pas d’interpellation ou de contrôle en particulier pour l’instant.
L’échange avec les ouvriers forestiers était très tendu mais il n’y a pas eu de débordement. Ils sont du coin, on les connaît de vue, le monde est petit, surtout en Creuse.
L’objectif a été atteint, nous avons arrêté la coupe rase sans violence.
Le groupe de manifestants était constitué d’habitant.es de la commune et de communes proches déjà affectées par ce fléau. Ils sont déjà organisés et leur expérience partagée nous permet de lutter collectivement. Il y avait aussi des militant.e.s anonymes d’ailleurs, des représentant.e.s d’association et des naturalistes.
– C’est quoi les perspectives pour la suite ? Est-ce qu’il y a des risques qu’ils reviennent ?
Il faudra à nouveau se mobiliser, ils ont presque terminé la coupe de cette parcelle, il ne restait qu’une ligne d’arbres, coupés depuis. Ils ont aussi démarré de nouvelles coupes pour acheminer la débardeuse sur d’autres parcelles.
L’action a été largement médiatisée et avec tous les feux en cours il est plus difficile de stigmatiser ce type d’action comme une action « d’écoterroristes marginaux ». Espérons que cette diffusion permette de grossir nos rangs et pousser à l’action pour défendre les forêts. Il faut que l’on reprenne les sentiers avant que la moindre action juridique ne puisse faire effet.
Nous surveillons la progression de ce chantier et d’autres. C’est difficile dagir sur toutes les coupes tellement elles sont nombreuses. Le combat continue. Stop coupe rase.
