Samedi, on estime qu’environ 500 000 personnes ont défilé dans les rues, alors même que beaucoup de rassemblements étaient interdits. Après le chaos de ces dernières semaines, l’Intérieur avait vu grand pour anticiper la journée, avec 70 000 policiers déployés sur le territoire, autant que le samedi précédent. La journée aura comptabilisé 779 interpellations.
Laurant Nuñez l’avait annoncé en conférence de presse et le Ministère de l’Intérieur l’a confirmé sur son site : le dispositif répressif pour cet « acte III » du mouvement octobriste – et bientôt novembriste – était massif. Si la propagande bourgeoise espère nous faire croire à son intention de « préserver la liberté de manifester », un tel dispositif ne peut être établi que pour mater la volonté de manifester.
Après le 24 octobre, nous évoquions le fait que « le régime avait mis les bouchées doubles pour empêcher à tout prix le deuxième acte de cette mobilisation », avec 70 000 policiers mobilisés. Même sentence pour ce samedi : 70 000 policiers mobilisés, à nouveau ! Traumatisé de la débandade du 17, l’État n’a pas lésiné sur les moyens répressifs. La BRI, le RAID, et le GIGN en faisaient partie, ainsi que des moyens spécifiques comme les drones, hélicoptères, brigades équestres, unités cynophiles. On aura également vu 26 blindés Centaure de la Gendarmerie nationale et 15 engins lanceurs d’eau parcourir les villes.


Les centres-villes ont été complètement occupés par les policiers, comme ici à Toulouse.
Les couvre-feux, mesures liberticides par excellence, ont fait leur retour en masse ce week-end, sur les nuits de samedi à dimanche et/ou de dimanche à lundi. Pour les mineurs, ils ont concerné de nombreuses villes comme Lille, Lyon, Marseille, Aubagne, Valenciennes, Avignon… À Grenoble, couvre-feu général, tout comme dans certains secteurs de Paris et Tours.
Déjà testés le 24 octobre, les arrêtés d’assignation à résidence ont été pris à tour de bras pour empêcher des militants de se rendre en manifestation. Cette disposition d’état d’urgence, initialement prévue pour l’arsenal de la lutte antiterroriste, est entrée dans le droit commun en 2017. À l’échelle nationale, et particulièrement dans de grandes agglomérations comme Paris, Lyon ou Toulouse, l’État s’est livré à de nombreuses perquisitions préventives, mais aussi des manœuvres d’intimidation sur des militants pour les contraindre à rester chez eux, que ce soit par la notification d’une lettre les obligeant à pointer au commissariat à l’autre bout de la ville ou en stationnant à la journée devant le domicile de ces militants toute la journée. Le message de l’État n’est pas une mesure préventive, mais avant toute chose de pression : nous savons qui vous êtes et où vous habitez. Dans un document interne du ministère de l’Intérieur rendu public par Libération, le gouvernement se justifie ainsi :
« Le mouvement insurrectionnel constaté depuis le 17 octobre 2026, qui a pour objet de gravement déstabiliser les structures publiques et sociales de la France, a causé des destructions massives notamment de bâtiments publics et de commerces. En s’attaquant à des symboles républicains tels que des mairies ou des préfectures, dans un contexte visant à intimider gravement la population et les pouvoirs publics et renverser le pouvoir établi, de tels actes peuvent être regardés comme des actes terroristes. »
Ce déploiement de mesures est allé jusqu’à l’interdiction, à nouveau, des rassemblements dans plusieurs dizaines de villes (ou du moins leurs secteurs stratégiques). À Paris, la manifestation déclarée a carrément été reléguée aux portes de la ville avec un parcours longeant le périphérique.

L’Intérieur annonce avoir réalisé 40 000 contrôles dans la journée sur les axes routiers, ferroviaires et dans les gares. Les 779 interpellations de la journée viendront nourrir davantage les abattoirs judiciaires qui se préparent.
La réponse des masses à ce dispositif policier-judiciaire n’est pas celle que l’État espérait. Un demi-million de manifestants sont sortis samedi, et on aura vu des jets de pavés et même de cocktails Molotov, au point d’embraser un policier.

Non seulement la mobilisation ne faiblit pas, contrairement à ce qu’ils prétendent, au contraire, la combativité augmente. Ce que l’État de la bourgeoisie ne peut comprendre c’est que la répression, utilisée pour faire peur, a un effet bien pire pour eux : elle augmente la colère. Accueillir à coup de tirs de matériel de guerre, comme les « lanceurs de balle de défense » (plus connus sous le nom de LBD, responsable de l’œil éborgné de Maël, 16 ans), des personnes qui manifestent contre la vie chère, pour des conditions de vie dignes, ne peut être qu’un aveu de faiblesse. La peur n’est pas du côté des masses mais bien de l’État. Le récent incendie d’une usine de ces fameux LBD en Suisse, pour l’instant pas revendiqué mais dont le timing ne laisse pas de place au doute, témoigne de la radicalisation des masses dans ce mouvement.

Et cette semaine, la jeunesse de France est encore au rendez-vous avec plusieurs lycées bloqués dès lundi : Déodat et Bellevue à Toulouse, Emmanuel Mounier à Grenoble, à Rennes… La répression ne s’est bien sûr pas fait attendre, pour les élèves comme pour les adultes, comme à Montpellier au lycée Jean Monnet où 2 élèves de 15 ans et une infirmière scolaire ont été placés en garde à vue. Les blocages ont repris ce mardi, avec le lycée Le Corbusier à Aubervilliers, à Pasteur à Lille, où 3 lycéens ont été arrêtés.
