Après le 5 novembre : on veut tout !

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Le mouvement commencé avec la révolte lycéenne est ascendant, le 5 novembre a été une nouvelle éruption bouillonnante de la révolte sociale en cours. Le pouvoir espérait que la colère se calmerait avec les vacances scolaires, ça n’a pas été le cas. Malgré l’intensité de la répression et de la propagande, les manifestants ont été aussi nombreux les deux actes suivants le 17 octobre, sonnant désormais comme l’étalon suprême de mesure du niveau de la violence, du « désordre », du « chaos » dans toutes les bouches, pour y comparer les journées de mobilisations suivantes. Pas de doute, le régime est en crise, le Gouvernement ne gouverne plus grand-chose, il reste Macron et ses flics. C’est le résultat d’une accumulation quantitative qui avec ce Mouvement Populaire profond fait un bond qualitatif à la lutte des classes dans le pays, dont la base est la crise économique, dont la forme est le Macronisme, la forme sans faste du bonapartisme décomposé.

Le 18 octobre, Emmanuel Macron pathétiquement avait appelé les Français à ne pas protester dans la rue, rappelant que l’élection présidentielle de mai prochain devait être le moment ultime de l’arbitrage. Ce que nous démontre la persistance du mouvement en cours, c’est que le peuple n’a cure de cette échéance. Plus précisément, une partie des masses n’attendent plus rien de l’élection présidentielle de 2027. Même sans issue à court terme, même sans revendication unanime, le peuple et sa jeunesse veulent en découdre. Les jeunes portent la vérité de l’époque en proclament « nous arrêterons quand nous le voudrons ». Les possibilités pour le Mouvement populaire sont grandes car le Gouvernement n’a que des miettes à donner et des coups si la « concertation » échoue. En face, les masses ont le temps et la profondeur historique. Si le mouvement s’enracine, il ne restera plus qu’une nouvelle dissolution de l’Assemblée Nationale accentuant la crise du régime ou la démission du Jupiter de pacotille en Rayban. Mais une démission du Président de la République créerait un précédent extrêmement dangereux en détruisant la raison d’être de la Veme République.

Ce 5 novembre était la première journée de grève appelée par l’ensemble de l’intersyndicale. En fin de journée, le chiffre tombe enfin : nous étions 1,6 million de grévistes et de manifestants dans tout le pays, du jamais vu depuis les mobilisations montres contre la réforme des retraites, en 2023. La mobilisation est aussi forte dans le secteur privé, avec par exemple un cheminot sur trois qui ne s’est pas présenté au travail.

Bien sûr, l’entrée dans la danse de l’intersyndicale va avec son même lot d’encadrement, de pacification, de reprise du « dialogue » entre préfectures et « corps intermédiaires », que ceux que nous avions observés lors du mouvement « septembriste » de 2025. Nous pouvons néanmoins noter que cet effet est resté tout relatif, tant la jeunesse est à l’avant du mouvement, refuse toujours la dispersion, mais a aussi appris à rendre les coups depuis plusieurs semaines. Que ce soit à la base ou au sommet, les syndicats n’ont aussi que peu d’intérêts à se montrer polis dans cette fin de règne : convoqués à l’Élysée pour « condamner les violences » au lendemain du 17 octobre, l’État les contraint depuis à assumer la responsabilité des manifestations, comme « seuls légitimes » à les déclarer – en dehors de tous principes démocratiques basiques. On leur fait la leçon tout en les suppliant de calmer le jeu. Fait extrêmement important nous voyons qu’une partie de la CGT commence enfin à comprendre l’époque et les risques à venir. A Toulouse, l’Union Départementale a courageusement refusé le parcours de la Préfecture, et dans les faits a proclamé que la rue appartient à la classe ouvrière. Cet outrage à la puissance publique a été lavé par la Police qui a tabassé lâchement le service d’ordre du syndicat. Pied à pied, la classe ouvrière doit défendre chaque position, elle est la seule à pouvoir conjurer un régime autoritaire.

Plus de 1 000 lycées ont été bloqués ou perturbés ce jeudi, un personnel sur deux était gréviste. Dans le 93, le Syndicat Lycéen du Corbusier dénonce l’action de la préfecture pour faire pression sur les établissements pour empêcher leur fermeture « qui ne voulait pas salir ses statistiques en prétendant que le mouvement lycéen est résiduel ». Concernant les universités, 90 % d’entre elles étaient bloquées ou mobilisées d’une quelconque manière. Contre vents et marées, et malgré une petite accalmie pour la rentrée scolaire, la mobilisation de la jeunesse prolétaires tient. Elle tient toujours dans des proportions importantes. Ceux qui ont vu leurs parents souffrir ces 15 dernières années ont en tête que les seules fois où le peuple a obtenu des choses, c’est en assumant la confrontation. Renaud Dély a beau tenter de jouer la carte du bluff sur France info en clamant que le mouvement de la jeunesse prolétaire est fini, et que la majorité des revendications « atteignables » étaient « satisfaites », les lycéens maintiennent, solides sur leurs appuis, que le mouvement s’arrêtera uniquement quand ils le décideront ! Cette affirmation est confirmée par la mobilisation qui a continué encore le lendemain du 5, malgré là encore la violence de la répression.

Côté répression, le ministère de l’intérieur tenait le compte total des arrestations à 6 059 personnes entre le 28 septembre et le 5 octobre. Additionnés aux journées nationales de mobilisations en octobre, nous passions la barre des 10 000 arrestations. Ce sont des chiffres qui n’ont jamais été vus à des niveaux aussi élevés et sur une échelle de temps aussi courte dans l’histoire politique française, en dehors des grandes rafles antisémites et coloniales. Depuis jeudi, le décompte est à 11 623 interpellés (en ne comptant donc pas les arrestations qui ont lieues entre les grandes manifestations nationales, qui se comptent en centaines). Plus que jamais défendre nos droits démocratiques, par tous les moyens possible, est une nécessité historique. L’instauration d’un régime dictatorial n’est pas une fatalité. Les masses populaires doivent défendre chacune des positions pas à pas, sans esprit de recul.

Les manifestations du 5 ont été le théâtre de charges particulièrement violentes dont les images ont marqué les masses dans tout le pays. A Lyon, des images montrent une femme en fauteuil roulant se faire frapper au visage gratuitement par un policier, tandis ce que les charges ont donné lieu à de nombreuses ouvertures de crâne, asphyxies par les gaz, etc., qui malgré leur violence n’ont pas découragé les manifestants.

A Strasbourg, la police fait encore une fois preuve d’un sadisme particulièrement barbare depuis plusieurs semaines, tant en GAV qu’en manifestation, où celle-ci a parqué une soixantaine de personnes dans un bus réquisitionné pour les emmener au commissariat. Des scènes qui, nous l’avons rappelé, n’est pas sans donner écho aux images sordides de la rafle des lycéens à Mantes-la-Jolie en 2018, où une centaine avait été mise à genoux dans des conditions similaires. Ces images ne sont qu’une infime fraction de tout ce qui a pu contourner la censure médiatique en cette journée du 5, où les images de barbarie d’État ont été visibles dans une grande partie des agglomérations mobilisées.

L’ambiance médiatique et politique de la terreur et de la démoralisation ne fonctionne plus, alors que cela avait été le cas pour les Gilets Jaunes. Malgré la violence démesurée de l’État contre les masses en lutte, celles-ci reviennent encore et encore, semaine après semaine sans faiblir ! La situation est différente, l’époque aussi.

Ce samedi, l’acte IV du mouvement « contre la vie chère » va à nouveau réunir des milliers de personnes dans les grandes villes. À l’échelle européenne, à l’initiative de la Confédération des syndicats de locataires d’Espagne, des syndicats et associations appellent à de grandes mobilisations coordonnées, pour le week-end des 20/21/22 novembre, pour les salaires et contre les politiques militaristes. Cet « Acte VI » pourrait réunir des millions de personnes dans les rues de France, de Belgique, du Royaume-Uni, d’Espagne, de Grèce, d’Italie, du Portugal.

L’État tente de conjurer cette montée en intensité par la convocation d’une « conférence sociale », qui se tiendrait le lundi 9 novembre, avec les syndicats, les organisations de jeunesse et le patronat. Que Lecornu se le tienne pour dit, les masses ne rééditeront pas la farce du Grand Débat de 2019, elles veulent tout et prendront tout !

Que ces dates soient un succès ou non, que le mouvement global se poursuive énergiquement ou décline dans les prochaines semaines, que le 5 novembre soit une grande conclusion ou le début d’un souffle nouveau pour la révolte sociale, toutes ces options ne sont que secondaires. Nous pouvons avoir l’assurance qu’actuellement, l’État est fébrile ; la compréhension que l’intensité, le rythme rapproché, le caractère de masse des révoltes sociales successives, ne font qu’accompagner les convulsions d’un vieux corps déjà en putréfaction. La grande bourgeoisie s’empêtre dans les contradictions entre ses propres intérêts et les mécanismes d’un vieil État qui peine à tenir debout tant il est défaillant. Quelque soit l’issue tactique de la séquence, nous sommes le grand nombre et la lutte est notre forge. Chaque chose étant une contradiction, la marche vers le régime autoritaire est aussi celle vers une prise de conscience de la situation par de large masse. Paradoxalement ce mouvement est aussi un frein à la politique de réactionnarisation qui n’est pas seulement un pur dispositif militaire mais une politique qui agit sur les consciences afin de les soumettre.

Plus que jamais, la défense des droits démocratiques et sociaux se conjugue avec le rejet de la préparation à la guerre et seule la classe ouvrière et sa jeunesse semblent en mesure de mener le combat sur ces deux fronts. L’absence d’attentisme à quelques mois de l’échéance la plus importante du régime nous prouve que la base est mure dans la lutte pour l’autonomie politique de notre classe, dans tout ces aspects : « L’ennemi avance, nous reculons ; l’ennemi s’immobilise, nous le harcelons ; l’ennemi s’épuise, nous le frappons ; l’ennemi recule, nous le pourchassons. »