Entre lutte et collusion : la Chine et les USA dans la guerre en Iran

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Depuis le début de l’agression des USA en Iran, le marché mondial est suspendu à un fil très fin : le cours du pétrole. En Mai 2026, le cours du Brent (pétrole brut) atteint presque les 120 dollars. Une crise pétrolière mondiale couve : le blocus du détroit d’Hormuz et la destruction des capacités de production et d’exportation de l’Iran et des pays du Golfe a amputé le monde d’environ 14 millions de barils par jour. C’est environ 10 fois la consommation française. Les pertes totales, selon l’agence Reuters, sont de 500 millions de barils sur la période la plus intense de la guerre.

Et pourtant, le prix du baril a chuté en mai et juin sans répercuter la crise de la défaite US et des incertitudes autour d’Hormuz, et il n’est remonté que légèrement en juillet avec le retour des attaques de l’administration Trump.

Comment l’expliquer ? Quel levier les impérialistes ont-ils actionné pour éviter une crise pétrolière mondiale ?

La réponse se trouve en Chine. Rappelons d’abord ce qui mène toutes les relations entre puissances impérialistes : la lutte pour le partage du monde, pour se tailler la plus grosse part du gâteau, est absolue ; tandis que la négociation, les accords, les alliances, les arrangements, sont des tactiques conditionnelles et temporaires pour s’assurer une meilleure place ou limiter ses pertes à un moment donné. L’impérialisme, c’est la guerre et la réaction sur toute la ligne, c’est ce que nous a appris le grand Lénine.

Alors que vient faire la Chine là-dedans ? La guerre injuste de Trump et de la machine de guerre yankee en Iran ne les implique pas directement, au contraire ils sont justement un des partenaires privilégiés de la grande bourgeoisie iranienne. Répondons à la question rapidement : c’est le social-impérialisme chinois qui a « sauvé » le marché mondial du pétrole en ralentissant de façon exceptionnelle ses importations. C’est ce que révèle le New York Times. Alors qu’en temps normal, la Chine importe jusqu’à 14 millions de barils par jour, elle est descendue de façon spectaculaire à son plus bas niveau depuis 2017, à environ 7 millions de barils, encaissant donc la moitié des pertes dues à la guerre des US.

Bien que d’autres facteurs aient joué, comme l’utilisation de réserves stratégiques en Europe ou bien le dopage des exportations de pétrole US (qui font les gros sous des monopolistes qui soutiennent Trump et la guerre), c’est bien cette décision chinoise qui a évité à toutes les puissances impérialistes d’Europe et d’Océanie notamment (Australie) de se retrouver avec un pétrole trop cher cet été et donc, les crises économiques et sociales qui en découlent.

Alors pourquoi la Chine a-t-elle agi ainsi ? N’aurait-elle pas bénéficié de l’erreur de son adversaire Yankee de déchaîner une guerre et de sous-estimer la résistance iranienne en tirant son épingle du jeu au milieu de la crise mondiale ? Nous allons maintenant voir pourquoi cette décision chinoise est un bon exemple de lutte et collusion entre les impérialistes.

Le social-impérialisme chinois a tout d’abord démontré sa solidité dans la concurrence entre les impérialistes. Un expert de l’Oxford Institue for Energy Studies, Michal Meidan, révèle que « La surprise a été de voir à quel point la demande chinoise a pu baisser ». En effet, si des pays comme la France ou l’Allemagne ont entre 2 et 3 mois de réserves stratégiques, la Chine a révélé qu’elle avait désormais les plus grandes réserves mondiales, lui permettant de tenir jusqu’à 6 mois d’activité économique soutenue, c’est-à-dire 2 milliards de barils stockés. Dans un contexte de préparation à la guerre, là où les impérialistes d’Europe et d’Amérique du Nord creusent dans leurs réserves, les social-impérialistes chinois les renforcent.

Deuxièmement, en lien avec cette solidité démontrée, l’impérialisme US fait peser sur le social-impérialisme chinois la menace du blocus pétrolier en cas d’action militaire chinoise sur Taïwan depuis des années. Cette « prise à la gorge » des yankee perd toute son efficacité si la Chine peut ignorer ou atténuer la crise pétrolière qu’elle subirait avec ses propres réserves et sa capacité à ne pas importer. En Mai 2026, la rencontre entre Xi Jinping et Trump en pleine guerre n’a pas pu ignorer ces questions. Le think tank français IFRI, révèle que le bilan chinois de cette rencontre parle essentiellement de Taïwan, tandis que le communiqué de presse US n’en parle pas du tout. Ce n’est pas anodin.

Enfin, la tendance à la guerre grandit et se fait jour de plus en plus, mais il n’est pas dans l’intérêt du social-impérialisme chinois de l’accélérer avec une crise pétrolière mondiale qui aurait des répercussions énormes, principalement en Europe, à un moment où les puissances impérialistes du vieux Continent adoptent en majorité une nouvelle attitude « méfiante » face à la superpuissance US. L’Europe, en plus de constituer une partie des clients de la Chine pour les exportations, est un lieu de contention pour les impérialistes. Il n’y a qu’à voir l’émergence, dans le paysage politique français, de forces bourgeoises favorables à un partenariat accru entre l’impérialisme français et le social-impérialisme chinois : la France Insoumise caracole en tête de cette tendance.

En résumé, le social-impérialisme chinois a allégé temporairement la crise pétrolière qui couvait. Mais il ne l’a pas fait par gaîté de cœur, par solidarité internationale : d’ailleurs, il n’a pas communiqué officiellement à ce sujet. Il l’a fait pour consolider sa place dans la lutte pour être une superpuissance hégémonique, non pas pour sauver les nations opprimées et ses clients impérialistes moins importants, mais bien pour développer la lutte et le bras de fer avec l’impérialisme US principalement.

N’oublions pas que les accords, les rencontres internationales et les règlements à l’amiable entre impérialistes sont toujours le préalable de la boucherie. Pendant que des petites filles mouraient dans leur école sous les bombes yankee en Iran, les impérialistes préparaient leurs nouveaux Fachoda (1898), Entente Cordiale (1904) ou bien accords de Munich (1938). Il n’y a pas de stabilité dans ce bas monde, et les délais que s’accordent les impérialistes pour leurs préparatifs ne sont pas l’occasion de penser qu’on l’a échappé belle : il faut au contraire regarder la bête en face et se préparer à la lutte sans illusion.