Le 9 septembre 2020, le jeune ldir Mederres, 22 ans, est retrouvé mort dans sa cellule dans le mitard de Lyon-Corbas. Selon l’administration pénitentiaire : c’est un suicide. Mais les témoignages des codétenus et les traces de coups sur le corps d’Idir ne concordent pas avec la version des matons. Le samedi 12 septembre dernier, à l’appel de l’association Idir Espoir et Solidarité, plus d’une centaine de personnes se sont réunies pour commémorer cet assassinat et soutenir le combat pour la justice de sa famille et de ses proches. De nombreux collectifs anti carcéraux, pour la fermeture des Centres de Rétentions Administratifs ont pu prendre la parole et faire entendre leurs voix.
Comment croire qu’Idir aurait mis fin à ses jours, à seulement deux semaines de sa libération ? Il est vital pour sa famille et pour sa mère, Najet, que toute la lumière soit mise sur les circonstances de son décès. Accompagnée de l’Association des Victimes de Crimes Sécuritaires (AVCS), Najet a présenté une contre-enquête complète lors du rassemblement place Mazagran, prouvant clairement qu’après avoir été privé d’eau, d’électricité et pris en grippe par les matons, Idir a été assassiné !


Malgré tous ces éléments, la justice a laissé traîner l’enquête et a fini par rendre un non-lieu en juin 2025, validant ainsi la version officielle de l’administration pénitentiaire, et cela après une enquête bâclée (vidéosurveillance trafiquées, incohérences majeures dans l’autopsie, témoins ignorés et bien d’autres). Les proches d’Idir ont immédiatement lancé une procédure d’appel, qui s’est de nouveau conclue par un non lieu. Najet a revendiqué à juste titre :
« Je demande trois choses claires :
– L’abolition des mitards tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui ;
– Des enquêtes indépendantes et approfondies sur toutes les morts suspectes en détention ;
– Que les agents ou personnels impliqués dans des faits de violences ou de dissimulation soient poursuivis. »

Les violences et ici les meurtres commis par les matons sont systématiques dans les prisons françaises. Si les violences et meurtres policiers sont un calvaire pour les familles qui cherchent la vérité et la justice, les violences carcérales souffrent d’une opacité particulièrement sévère pour qui chercherait à mettre la lumière sur les exactions des matons. La solidarité des tortionnaires est ici totale, l’Administration Pénitentiaire exerce un réel droit de vie ou de mort sur les détenus, ayant le contrôle de toutes les caméras, la solidarité des matons, et la pression sur les détenus qui oseraient s’y opposer. Les détenus voulant témoigner de leurs conditions de vie à l’extérieur sont sujets régulièrement à des pressions et des punitions ciblées.
Le mitard en particulier est un exemple particulièrement brutal de l’impunité carcérale. Véritable chambre de torture où les détenus peuvent parfois y passer des semaines, voire des mois, il est la zone d’ombre par excellence, et le théâtre le plus fréquent des meurtres carcéraux. Dans le cas d’Idir à Lyon-Corbas, la procédure est caractéristique et ressemble à de très nombreux cas de morts plus que suspectes dissimulées en « suicide ». Rien de plus facile pour une bande de nervis en uniforme de tabasser un jeune jusqu’à la mort avant de le pendre avec ses propres lacets. La pratique est connue, le modus operandi éprouvé, aussi bien au mitard qu’en GAV.
Que ce soit au mitard ou au box de fouille, dans les cellules ou dans les coursives, autant de zones d’ombre que les matons tirent à profit pour passer leurs nerfs gratuitement en toute impunité. Cette situation existe dans tout le pays, et dans tous les types de détention.

Le meurtre d’Idir, inscrit dans une longue lignée de crimes commis par l’État français que ce soit par son bras armé policier ou dans ses prisons, ne doit pas rester impuni. Et si les tribunaux continuent d’étouffer ces affaires, alors c’est dans la rue que l’État paiera pour ses crimes. Le processus de réactionnarisation de l’État français en cours est particulièrement visible dans les prisons, qui servent d’authentiques laboratoires de la répression sans aucun réel contrôle. Les conditions de vie des détenus se détériorent de jour en jour, de même que le sentiment d’impunité des matons qui recourent de plus en plus à la punition collective contre les prisonniers. Ne nous y trompons pas, tout comme le reste de la structure d’Etat, les prisons ne sont pas des instruments neutres au service de la « justice ». Elles ne sont qu’un des nombreux relais permettant le maintien de la dictature de classe de la bourgeoisie sur les masses populaires, au même rang que la justice, la police, l’armée et tant d’autres.
Depuis plus de 6 ans, Najet et son association (Idir Espoir et Solidarité) mènent un combat acharné pour la justice. Leur mobilisation continue a faire en sorte que le nom d’Idir ne tombe jamais dans l’oubli, que son assassinat ne soit jamais pardonné. Parce que le nom d’Idir résonne dans nos mémoires comme celui de tant d’autres jeunes assassinés au mitard.
Alors que la loi sur le permis de tuer est plus que jamais d’actualité, l’État bourgeois et ses laquais doivent comprendre qu’ils ne dissimuleront jamais ces affaires, car le peuple n’arrêtera pas de réclamer justice et de se battre pour une vie juste et digne.
