Ce jeudi 1er Octobre, une semaine après les premiers blocages de lycée dans le 93, ce sont l’intégralité des lycées de Saint Denis, trois lycées d’Aubervilliers, et le lycée Maurice Utrillo à Stains qui ont été bloqués, ainsi que les université de Saint-Denis et de Villetaneuse (une première depuis 1986 !), et une tentative de blocage dans un collège de Saint-Denis pour lequel 6 camions de la police nationale ont été déployés. Puis c’est une grande manifestation sauvage entre Saint-Denis et Aubervilliers qui a réuni 700 lycéens, étudiants et travailleurs sur toute la journée. Nous vous proposons un retour de cette journée de lutte des classes de grande intensité, portée par une jeunesse lycéenne qui embrase les plaines de la Seine-Saint-Denis.
Au lycée de l’ENNA à Saint-Denis, les lycéens se sont mobilisés pour plus de moyens dans leur lycée professionnel abandonné par l’État, et pour le respect et la dignité, porté par un slogan simple « On n’est pas des chiens ! ». La direction a tenté de casser la mobilisation par des tactiques pacificatrices, en proposant qu’une petite délégation vienne discuter avec la directrice dans le lycée. Les élèves ont répondus sans hésitation « Y’a pas de délégation, personne rentre dans le lycée ! », contrant les tentatives de la direction et mettant au centre l’unité des lycéens. C’est cette même direction qui mène une campagne d’attaques contre la Jeunesse Communiste (JC) du lycée, en tentant de briser le lien entre lycéens et révolutionnaires depuis la rentrée. Encore ce matin, une enseignante a arraché le drapeau de la JC des mains d’un jeune lycéen, mais s’est retrouvée face aux protestations des lycéens mobilisés. Un jeune crie « Pourquoi vous faites ça ? C’est interdit les communistes ? », un autre répond « C’est les communistes qui ont vaincu les nazis ! », le tout Place du 8 mai 1945, qui porte le nom de la victoire de la Grande Résistance Antifasciste.
Au lycée Utrillo, mobilisé depuis 15 ans contre un enseignant pédophile et raciste, les lycéennes continuent de faire grossir leur lutte par les blocages, les prises de paroles ou encore les banderoles dénonçant la situation et la protection de l’enseignant par l’État et ses représentants. Les enseignants syndiqués étaient présents et ont apporté leur soutien aux lycéennes, en leur prêtant un mégaphone notamment. Mais ce blocage ne s’est pas coupé du reste du mouvement lycéen, ils y dénoncent également le manque de moyens et apportent leur soutien à la lutte palestinienne. Un jeune lycéen est monté sur le préau du lycée, brandissant le drapeau de la Palestine, acclamé par le reste des lycéens.
A Aubervilliers, les 200 lycéens mobilisés des lycées Le Corbusier et Henri Wallon, sont allés confronter directement l’État en bloquant courageusement le commissariat de la police nationale situé à proximité des deux lycées. Le mot d’ordre central de cette action était le soutien aux lycéens interpellés après une charge de la police plus tôt dans la matinée, et la dénonciation de la répression de l’État. Des habitants du quartier voisin, Vallès-la-Frette, et militants au CPES, sont venus soutenir les jeunes lycéens tôt dans la matinée. La répression policière s’est accompagnée de celle de la direction et des personnels du lycée Le Corbusier. Le CPE prenait en photos les lycéens pour les dénoncer auprès de leurs parents et les poussaient sur la route en direction des policiers. Un autre membre du personnel, lui, s’amusait à les arroser d’eau avec un tuyau.

Sur le blocage de l’université Paris 8 de Saint-Denis, les banderoles et pancartes contre le décret Bienvenue en France, en soutien aux lycées mobilisés et aux étudiant sans fac ont fleuris à chaque portes bloquées. Les étudiants, par volonté de se lier à la mobilisation lycéenne de la ville, ont pu aider à dégager la police qui harcelait les lycéens de Bartholdi, lycée professionnel collé au campus de l’université et mobilisé depuis une semaine. Preuve de plus, s’il en fallait, que la jeunesse unie dans la lutte est capable de repousser toutes les attaques de la répression.
Aux alentours de 10h30, les lycéens de Saint-Denis, les étudiants de Paris 8, et les organisations syndicales et politiques ont convergés vers le lycée Bartholdi pour partir dans une grande manifestation sauvage à travers la ville. Dès le premier virage, la manifestation a subit une première tentative de dispersion. Le groupe ne s’est pas arrêté et a rejoint la place du 8 mai 1945, où les lycéens de l’ENNA continuaient leur blocage. La place est devenue le théâtre d’affrontements entre la police et la jeunesse en lutte. Des pavés ont été jetés sur la ligne formée par la police, et la place a été remplie de gaz lacrymogène. Le cortège a ensuite pris la direction du lycée Suger, lui aussi bloqué, et a traversé la ville de Saint-Denis. Une fois arrivé au lycée Suger, c’est 700 jeunes qui ont scandés des slogans contre la police, en soutien aux réprimés, édentés et éborgnés et qui ont appelés à toujours plus amplifier la mobilisation. Un jeune lycéen proclame dans le mégaphone « On s’arrêtera pas tant que nos revendications ne seront pas entendus ! ». Des pancartes avec des mots d’ordre comme « La Gen Z est communiste ! » ou encore «Suger révolutionnaire ! » ont été brandis par des lycéens dans le rassemblement.
Vers 12h30, le rassemblement a décidé de ne pas s’arrêter là et est reparti en manifestation sauvage jusqu’au lycée Le Corbusier à Aubervilliers. Le cortège a parcouru 3 kilomètres dans une ambiance combative et festive. La police, débordée par la détermination de la jeunesse prolétaire en mouvement, n’a pas pu empêcher la marche. Les manifestants ont même chassé une voiture de la BAC qui tournait autour du cortège.
Une fois arrivée au Corbusier, l’union entre les lycéens de Saint-Denis et d’Aubervilliers s’est faite dans la confrontation directe avec les lignes de la police nationale, équipée jusqu’au dent, qui tentaient de « sécuriser » l’entrée du lycée. Pendant près de 2h, les lycéens et les jeunes mobilisés ont essuyé grenade lacrymogène et charges de la police, les repoussant toujours plus. La police a fini par reculer et les lycéens ont réoccupés l’entrée du lycée.
Les organisations opportunistes ont tentés de briser la mobilisation, dont la combativité les dépassaient totalement. Révolution Permanente, et leur proxy étudiant le Poing Levé, ont essayé plusieurs fois d’éloigner la manifestation d’Aubervilliers, et l’envoyer dans une autre ville pour « s’asseoir et discuter ». Cette proposition relève d’une volonté d’éteindre la révolte lycéenne en cours. Malheureusement pour eux, les lycéens ne se sont pas fait avoir par leurs manigances, les huant face à leurs prises de paroles assommantes, et sont restés en soutien au Corbusier, unis face à la police. Nous avons pu assister à un échange entre deux militantes de Révolution Permanente et deux lycéennes, révélant pleinement l’imposture de leur position. Une des lycéennes leur a répondu, très justement : « Pourquoi on va partir et discuter, alors que les lycéens ils sont ici, face aux flics ? On va pas les laisser seuls, on est venus pour ça ! ».
La manifestation a finalement repris son cours en se dirigeant vers le lycée d’Alembert sous l’impulsion d’une jeunesse solidaire de tous ses camarades en lutte, en chantant : « et pour d’Alembert allez allez ! ». Arrivés au lycée, les jeunes mobilisés ont tenté de faire irruption dans le lycée, sous les applaudissements de leurs camarade. Un jeune exulte : « Le lycée il est à qui ? Il est à nous ou pas ? ». Encore une fois la police a été débordée et a été incapable d’intervenir. Après une demi heure au lycée d’Alembert, c’est au tour du lycée Rosa Parks de Saint-Denis de recevoir la visite des manifestants, après une nouvelle manifestation sauvage. Le but était de soutenir l’ensemble des lycéens mobilisés à Saint-Denis et Aubervilliers, comme le dit très bien un lycéen de l’ENNA : « Les gars on va à Rosa Parks ! Depuis ce matin eux aussi ils bloquent mais ils sont seuls ! ».
Sorti de nulle part, le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko a continué sa tournée pacificatrice des blocages lycéens de Saint-Denis. En effet, depuis plusieurs jours, ils multiplient les apparitions et discours appelant « à continuer la mobilisation mais dans le calme », ou encore « à ne pas se faire récupérer politiquement par les organisations ». Comme si il n’était pas lui même représentant d’un parti politique qui diffuse, via ses élus et ses députés, une ligne de non-violence des blocages lycéens, les vidant de leur caractère politique de remise en question profonde de l’État français.
La journée s’achève vers 17h, après une longue journée de lutte , de confrontation avec la police et d’expression politique d’une jeunesse prolétaire de banlieue. Une jeunesse qui recherche profondément du respect et de la dignité, qui a très bien compris que l’État français ne leur donnera jamais, et qui est déterminée à leur arracher par tous les moyens de lutte possibles. L’État fait la guerre aux lycéens mobilisés, les lycéens y répondent toujours plus en faisant trembler la bourgeoisie, incapable de contenir la révolte ! Vive la jeunesse du 93 en lutte ! On a raison de se révolter !
