Paris : grande conférence de solidarité avec les prisonniers révolutionnaires en Inde !

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Dimanche 11 octobre, en réponse à l’appel de la Ligue Anti-Impérialiste (LAI) internationale, 150 personnes se sont réunies à Paris pour une conférence de solidarité avec les prisonniers révolutionnaires en Inde.

Cette conférence s’est déroulée dans le contexte tumultueux de la révolte de la jeunesse en cours. Malgré la fatigue accumulée par des semaines de lutte intense, la salle de l’AGECA était comble, remplie de jeunes, de travailleurs, d’universitaires et de militants anti-impérialistes, de France, de Turquie et d’Inde.

Dès l’entrée de la salle de conférence, les participants s’attardent pour lire des affiches de solidarité avec les 10 de Jhiram Ghati qui ont été accrochées un peu partout. Le 16 septembre dernier, 10 combattants maoïstes, qui sont ceux qu’on appelle les 10 de Jhiram Ghati, ont été condamnés à mort par l’État fasciste indien. En 2013, ils avaient participé à une opération victorieuse de guérilla contre des parlementaires indiens et des flics, afin de défendre leurs villages Adivasis (populations autochtones d’Inde) contre les intérêts impérialistes défendus par le régime compradore réactionnaire. En plus de cette affiche, on retrouve de nombreuses affiches de solidarité avec d’autres réprimés indiens, comme Vijay Kumar Arya, Sabyasachi Goswami, Ashim Mondal, Misir Besra, Sheila Marandi, Pramod Mishra, Sanjay Deepak Rao, ou en hommage au professeur Saibaba, décédé peu de temps après son emprisonnement. À leurs côtés figurent évidemment les visages d’Ahmed Saadat ou d’Alex de Lyon, pour lesquels la Ligue Anti-Impérialiste mène également des campagnes.

Avant que la conférence commence, de très jeunes gens discutent dans le public. L’un demande : « Tu crois qu’on va parler des maoïstes ? » Un autre répond « J’espère. C’est eux qui font la révolution en Inde ». Leurs vœux ne pourront être qu’exaucés par les prises de parole de chaque intervenant, quel que soit leur point de vue et leur expérience de lutte, tant chacun s’efforce de souligner l’importance de la lutte des Naxalites et des Adivasis dans la société indienne et la lutte pour la démocratie.

C’est la LAI qui introduit cette conférence, qui comptera en tout 6 intervenants. Le ton est donné d’emblée. Bien que l’emprisonnement des révolutionnaires soit un odieux crime contre les peuples, dans lequel les impérialistes et les compradores du monde entier salissent leurs mains jusqu’aux épaules, nous ne sommes pas ici pour réchauffer un énième discours alarmiste et démobilisateur qui ne sert que nos ennemis. C’est avant tout le courage, la détermination et l’optimisme révolutionnaire des prisonniers qu’il s’agit de saluer. « Celles et ceux qui se trouvent aujourd’hui derrière les murs des prisons ont lutté pour le monde auquel ils croient », explique la LAI. « Ils ont choisi de se tenir aux côtés du peuple et continuent à en payer le prix. La prison n’est donc pas seulement un lieu d’enfermement. Elle est aussi un terrain où se poursuit la lutte des classes, où la répression de l’État se heurte à la résistance et aux convictions révolutionnaires des prisonniers politiques. Et derrière cette répression, il y a une réalité que nous ne devons jamais oublier : la haine de classe ! »

Ensuite, la LAI appuie l’honneur qui lui est fait d’accueillir la déclaration du prochain invité, qui n’est autre que le camarade Ajith, fondateur et secrétaire du Parti Communiste d’Inde (Marxiste-Léniniste), autrefois considéré comme le « maoïste du Kerala le plus recherché par l’Etat » et ancien prisonnier politique indien. Avant qu’on n’allume le projecteur, une personne du public confie à notre rédaction : « Ça fait du bien de l’entendre parler ! On avait milité pour sa libération depuis la France il y a quelques années, et maintenant, grâce à la lutte, il est libre ! » Alors que le silence dans la salle se fait bien plus studieux qu’on n’en a l’habitude dans ce genre d’événements, les paroles du camarade résonnent : il remarque la ferveur de la jeunesse indienne, encouragée par la démission récente du ministre de l’éducation suite aux révoltes étudiantes de mai-juin dernier. « [Sa démission] a donné un grand coup de pousse à la confiance des jeunes que quelque chose peut être réalisé par la lutte, et plusieurs luttes ont éclaté aussi après ça, qui continuent à l’heure actuelle. Il y a une grande lutte actuellement en cours puisque l’État essaie d’exclure une grande partie de la population du système électoral. » Près de 13 % du corps éléctoral a déjà été écarté, principalement des musulmans et des Dalits. Le camarade dénonce également les incarcérations des prisonniers politiques et de droit commun en attente de leurs procès, qu’ils soient révolutionnaires ou issus des masses, surtout du Chhattisgarh et du Jharkhand. Il rend hommage aux centaines de camarades martyrisés dans la lutte pour les masses d’Inde ainsi que ceux emprisonnés, dont certains pendant des décennies.

Après cette intervention exceptionnelle, c’est au tour d’un militant indien en France de s’exprimer. Il revient sur l’intensification de la lutte des classes en Inde et des crises qui traversent le pays, et charrient désormais la petite bourgeoisie urbaine, libérale, qui voit aujourd’hui son statut menacé et a tout intérêt à soutenir la révolution, bien qu’une partie cherche encore à se « désolidariser des violences dans le cadre des luttes pour la justice sociale ». Il précise que même les réformistes ne peuvent plus ignorer la violence de la répression de l’État. « L’État indien s’inspire de la bande de Gaza ou du Mozambique pour opprimer les villages Adivasis, et petit à petit, il intensifie sa répression partout, jusque dans les villes. » À sa suite, c’est Sylvain Goldstein, militant CGT et ancien expert de l’Asie du Sud et de l’Est pour la Confédération, note que l’Inde, derrière son parlementarisme de façade, a un régime autoritaire. Sous le nom de « justice au bulldozer » précise-t-il, des habitations et commerces de musulmans se font détruire par le BJP, au simple motif de la discrimination religieuse. « Pour nous syndicalistes, cette question est essentielle. Le fascisme n’est jamais seulement une question d’identité ou de religion. C’est aussi une question sociale. Le fascisme prospère en divisant les travailleurs, en détournant le regard de la concentration des richesses et du pouvoir économique. On répète « ce n’est pas le patron qui est responsable de votre précarité, ce sont les migrants, les musulmans, ou les minorités. », on brise la solidarité de classe. C’est pourquoi le mouvement syndical indépendant constitue un rempart indispensable. Le dossier de la CGT soulignait en 2023 la pression croissante subie par les organisations indépendantes en Inde (…). Pour la CGT la position est claire : un syndicat n’est pas un outil gouvernemental, il doit être libre de critiquer le pouvoir et le patronat, d’organiser les travailleurs sans distinction de religions, de castes et d’origines, de déclencher des grèves. »

C’est ensuite au tour d’un camarade de Partizan, ancien prisonnier politique en Turquie arrêté en 1998 et participant aux courageuses grèves de la faim, de faire l’honneur de son témoignage. Il rappelle : « Sur le plan historique, ainsi que sur la période actuelle, le recours à la force est indispensable à tout changement, surtout face à des gouvernements autoritaires qui répriment leur propre peuple, obéissent à des puissances impérialistes et leur livrent les richesses du pays pour presque rien. La lutte révolutionnaire doit nécessairement s’appuyer sur la force. » Pour tous les intervenants, il est important de faire ressortir non pas simplement la question de la solidarité avec les prisonniers, mais aussi l’attachement aux principes révolutionnaires, aux « convictions » comme les mentionne le camarade de Partizan, qui donnent leur vitalité aux prisonniers et à tous ceux qui luttent au péril de leur liberté et de leur vie. Cette sincérité et rigueur scientifique donne à la conférence un niveau idéologique que notre rédaction a le plaisir de souligner, et trace une liste de démarcations avec toutes les initiatives plus « humanitaires » que politiques sur la question des prisonniers politiques,  auxquelles nous sommes malheureusement habitués en tant que militants français. Le camarade de Partizan explique donc comment la résistance a pu s’organiser coûte que coûte en prison, au péril de la vie de certains révolutionnaires détenus. Leurs refus d’obéissance persistants les ont conduits à endurer violences et tortures de la part de leurs geôliers, et ont tant agacé le gouvernement qu’un ministre a fini par déclarer : « Si nous ne réglons pas le problème des prisons, nous n’atteindrons pas nos objectifs économiques. » 

« Cependant, note-t-il, pour nous les révolutionnaires, les prisons étaient non seulement des lieux de détention mais aussi des espaces de résistance, d’organisations collectives, et de formations politiques (…). Et nous n’étions pas seuls dans cette lutte, à l’extérieur des gens nous soutenaient, notamment nos familles. Chaque semaine, elles manifestaient pour nous soutenir et s’opposaient à notre isolement, certaines ont elles-même entamé des grèves de la faim. Elles ont subi des gardes à vue et des arrestations. »

Ce sont le Cri rouge, organisation historique en France de soutien aux prisonniers révolutionnaires, et la Jeunesse Communiste (JC) qui prennent la suite. Le Cri rouge commence par saluer la glorieuse guerre populaire d’Inde, et honorent un peu plus tard la mémoire du camarade Basavaraj, assassiné en mai 2025. Ils dénoncent enfin les trahisons capitulardes des prétendus partisans opportunistes, qui appellent à rendre les armes. « Pour autant, derrière ce sombre tableau, après 6 décennies de luttes féroces engagées par le peuple et pour le peuple, une réalité s’impose à nous. Cette guerre populaire de longue haleine, qui à son apogée contrôlait un tiers du continent indien, reste revendiqué par le PCI(m) et est toujours d’actualité, contrecarrant les estimations loufoques d’un ministre de l’Intérieur qui prétendait en être débarrassé courant 2026. » Rebondissant sur la question des détours, des revers et avancées qui sont le lot du développement de tous les processus sur Terre – et en particulier de la Guerre populaire en Inde –, la Jeunesse Communiste propose une perspective enthousiasmante. « Nous pensons, à la JC, que Modi et ceux qui le succéderont ne pourront pas aussi facilement mettre en pratique leurs politiques génocidaires si un vaste mouvement international de solidarité avec les révolutionnaires d’Inde se construit et se développe. C’est là la meilleure contribution que nous pouvons fournir avec la Révolution en Inde. » Si le Cri rouge lance un appel à « protéger le Parti, le Front Uni, et le mouvement révolutionnaire », la JC y répond par un optimisme qui n’a d’égal que l’énergie que ses militants mettent dans chacune des luttes où ils s’engagent. « Tant que les ressources naturelles du pays seront pillées, tant ques les forêts du Chhattisgarh seront ravagées, tant que les étudiants du pays seront comparés à des cafards, tant qu’il y aura des camps militaires partout dans les campagnes alors il y aura des communistes, alors il y aura des révolutionnaires prêts à prendre les armes pour défendre les masses populaires. Ceci n’est pas une prédiction de militants qui cherchent à se rassurer, ceci une nécessité historique, l’eau manque en Inde, le réchauffement climatique entraîne des températures insoutenables frôlant parfois les 50 degrés dans certaines régions. » Pour cette génération de militants révolutionnaires français, actuellement engagés, par leurs efforts comme par leur corps, dans une lutte de masse combative avec l’État français, la question du droit à l’avenir pour l’Humanité est immédiatement claire, peu importe ou on se trouve. Il est évident aux yeux de notre jeunesse que cette lutte pour l’avenir, incarnée dans la lutte pour la Révolution, est la seule lutte sérieuse pour tous ceux qui veulent vivre. L’internationalisme, pour nos « enfants de la crise », coule de source jusqu’au centre des pays impérialistes, car les conditions du prolétariat international sont de moins en moins tenables, et sa radicalité de plus en plus nécessaire.

Alors, les cœurs pleins d’estime et de compassion pour nos camarades emprisonnés trouvent malgré tout une place pour la joie de lutter ensemble. Et, s’emparant des banderoles de solidarité avec les prisonniers politiques en Inde mais aussi avec les guerres populaires en Turquie et aux Philipines, les participants entonnent des slogans « lal salaam, lal salaam », « inquilab zindabad » et « guerre populaire jusqu’au communisme ». Au moment de se quitter, on prend une dernière résolution, celle de lancer des comités de soutien au peuple indien. La LAI déclare : « Nous appelons tout les militants révolutionnaires, les internationalistes, les démocrates sincères à intensifier la solidarité avec la classe ouvrière, la paysannerie et les masses opprimées en Inde et en particulier avec ceux qui luttent les armes à la main. » Puis les participants de la conférence se séparent en se donnant rendez-vous sur les blocus et manifestations de la semaine à venir.

Cette conférence a donc été une grande victoire pour les anti-impérialistes sincères. Pourquoi ? Car elle a uni des révolutionnaires de trois pays, la France, la Turquie et, bien sûr l’Inde. Elle a porté une ligne idéologique et politique claire : celle de la persistance dans la guerre populaire, une persistance qui se nourrit de la remarquable vitalité des masses d’Inde. Face au fascisme et à l’Hindutva, celles-ci luttent au quotidien dans de puissants mouvements. La persistance dans la voie de la guerre populaire, c’est aussi la lutte contre le liquidationisme et la capitulation qui se matérialisent aujourd’hui dans la ligne portée par les traîtres Sonu-Devij-Balraj, ces « nouveaux » révisionnistes qui se nourrissent dans la honteuse expérience des Prachandas au Népal ou des Myriams au Pérou. Ils ont causé de sérieux dégâts au Parti et à la Révolution ; mais le Marxisme nous a enseigné que les Masses font tout, qu’elles sont capables de tout, le prolétariat ne connaît jamais de défaites définitives, mais seulement des détours temporaires aussi longs que nécessaires.

Cette conférence matérialise également une réalité : la Ligue Anti-Impérialiste est aujourd’hui l’unique centre de la solidarité active avec la guerre populaire en Inde. Un centre capable de coordonner sur tous les continents des initiatives mobilisatrices et combatives autour de l’appui de la ligne de la révolution de Nouvelle Démocratie.

La constitution des comités de solidarité avec les masses en Inde va être un pas certain dans l’appui à la fois de la vigoureuse lutte des masses en Inde, mais aussi à leur avant-garde combattante, le PCI(maoïste).

La participation de 150 personnes, en écrasante majorité des jeunes, notamment issus des récentes révoltes en cours en France, n’est également pas une coïncidence. Le développement de la lutte des classes dans les centres impérialistes est le reflet d’une époque de grands changements, une géneration entière entre dans la voie du Maoïsme – c’est-à-dire dans la voie du Marxisme de notre époque – et donc de la révolution violente pour briser la terreur capitaliste. L’exemple de la révolution en Inde dans sa phase actuelle éduquera ces milliers de jeunes communistes, à la fois à la persistance dans la ligne de la Guerre Populaire, mais aussi à la lutte acharnée, la lutte à mort contre le révisionnisme, principal obstacle et principal ennemi de la révolution en France et dans le monde.