26 mai, Agora, Grenoble : sous-effectifs chroniques, annualisation, véhicules dangereux. Après des mois de silence, la parole est sortie.
Professionnels du foyer de vie, du FAM (foyer d’accueil médicalisé), du SAJ (service d’accueil de jour) et agents de collectivité : tous dénoncent des conditions de travail dégradées. Une assemblée générale le 2 mai a voté la grève, rejoignant l’appel national du 26 mai. Dès 7h45, le piquet était devant les grilles.
Sur le foyer de vie, 2 professionnels pour 7 résidents chacun le matin. « On imbrique les résidents les uns aux autres. On commence une douche, on laisse en plan… Ce n’est pas du travail de qualité », raconte une professionnelle. Au FAM, 6 professionnels pour 3 à 5 résidents chacun le matin. Les agents de collectivité ne sont que quatre pour 33 résidents, parfois 11 heures par jour. « On a l’impression de mal faire notre travail, parfois d’être maltraitants », confie une gréviste. « J’ai la boule au ventre en venant travailler. »
En 2023, un accord d’annualisation a été signé « dans le dos des salariés ». Depuis, les horaires sont modifiés sans transparence d’un mois sur l’autre, et les salariés n’ont pas accès à leur compteur d’heures. « On est obligé de faire confiance », dénonce un salarié. Résultat : quatre arrêts longs depuis janvier. Un parent de résident témoigne : « Mon enfant est resté sur sa chaise de douche à cause d’une urgence ailleurs. Ce n’est pas de la maltraitance volontaire, c’est le manque de personnel. » Un résident soutient la grève : « Je comprends. Moins de sorties, moins de choses pour nous. » Côté matériel, des camions des années 2000, sans éclairage, rampes défaillantes. « Une collègue a failli se casser le bras. Depuis, je ne prends plus ce véhicule », raconte une salariée.
« Nos conditions de travail priment »
Parmi leurs demandes : recrutements, fin de l’annualisation, accès au compteur d’heures, relations de travail plus respectueuses et plus horizontales, véhicules et locaux aux normes (fuites, ascenseurs, portes). Ils demandent également le retrait de la réforme SERAFIN-PH (qui remplace le financement historique par une tarification liée aux actes, préparant selon eux le passage au « à l’acte »). Ils ne demandent pas d’augmentation de salaire. Leur phrase : « Nos conditions de travail priment. » Un rappel, aussi : « L’“étoile de bientraitance” décernée par l’HAS en 2025, la direction en est fière. Pour garder cette qualité d’accompagnement, il est urgent d’écouter les salariés et de prendre soin d’eux. ». Un taux de grève aussi élevé (plus de 80 %) est en soit un signal fort, que la direction et les pouvoirs publics ne peuvent ignorer.


