Inde : Déclaration du RSF en soutien au mouvement de protestation étudiant en cours dans l’État du Jharkhand

· ·

Nous partageons une traduction non-officielle d’un communiqué du Front Étudiant Révolutionnaire (RSF) indien, publié sur Red Herald.

Nous avons appris que des milliers de candidats à des postes de la fonction publique dans l’État du Jharkhand mènent actuellement un sit-in illimité au stade Jaipal Singh Munda de Ranchi, pour protester contre les irrégularités constatées lors des concours de recrutement organisés par la Commission de la fonction publique du Jharkhand (JPSC) et la Commission de sélection du personnel du Jharkhand (JSSC). Ce mouvement est devenu l’une des plus grandes mobilisations étudiantes de ces dernières années dans l’État. Plusieurs manifestants, dont le leader de premier plan Devendra Nath Mahto, ont entamé une grève de la faim illimitée. Les manifestants dénoncent des fuites répétées de sujets d’examen, des irrégularités, des retards dans les recrutements et un manque de transparence dans la fonction publique. Leurs principales revendications portent notamment sur une enquête indépendante concernant les irrégularités présumées, la mise en cause de la responsabilité des coupables, la transparence des recrutements et la finalisation dans les délais des nominations en attente.

Ces manifestations se déroulent sous le gouvernement du Jharkhand, dirigé par le Jharkhand Mukti Morcha (JMM)1 et ses partenaires de l’alliance INDI2. Parallèlement, nous avons récemment assisté à des manifestations nationales contre le scandale du NEET 20263, concentrées principalement à Jantar Mantar, à Delhi, et réclamant la démission du ministre de l’Éducation du BJP, Dharmendra Pradhan. Cela montre clairement que la crise récurrente des scandales liés aux examens et au recrutement ne résulte pas simplement de défaillances administratives ou des échecs d’un parti au pouvoir en particulier, mais met plutôt en lumière les problèmes structurels plus profonds au sein même du système éducatif indien. Les manifestations en cours au Jharkhand, et d’autres du même type, témoignent de la contradiction entre une population active en expansion et l’économie précaire du pays, qui ne génère que trop peu d’emplois sûrs. Les fuites de sujets d’examen, les retards dans les recrutements, les controverses répétées autour des examens et la privatisation croissante de l’éducation sont les conséquences évidentes d’un système dans lequel l’éducation et l’emploi sont subordonnés au capital, en particulier au capital étranger. C’est pourquoi le fait de remplacer un parti au pouvoir par un autre ne résout en aucun cas les conditions qui engendrent sans cesse ces crises. Qu’il s’agisse du BJP-RSS, mouvement fasciste brahmanique d’Hindutva, ou de tout autre parti réactionnaire au pouvoir, aucun d’entre eux ne sert les intérêts du peuple. Tous soutiennent le modèle économique conçu pour servir les intérêts impérialistes et l’idéologie fasciste dominante actuelle, et ont ainsi mis en place un système éducatif dont le seul but est de produire un vivier inépuisable de main-d’œuvre qualifiée et bon marché.

Alors que l’enseignement public et le recrutement dépendent de plus en plus du secteur privé des cours particuliers, que les coûts de l’éducation augmentent et que l’incertitude liée à l’emploi perdure, les étudiants sont contraints de supporter ce fardeau financier et psychologique. Les escroqueries liées au recrutement renforcent encore ce cercle vicieux en allongeant les périodes de préparation et en accroissant la dépendance vis-à-vis du secteur privé des cours particuliers. Les manifestations du Jharkhand s’inscrivent désormais dans le mouvement national plus large des étudiants et des candidats à l’emploi. Une solution durable aux problèmes sous-jacents à ces manifestations nécessite davantage qu’un renforcement de la sécurité des examens, des mesures disciplinaires à l’encontre de certains fonctionnaires ou la démission de quelques ministres. À moins que le système éducatif actuel ne soit transformé en un système à orientation scientifique, universellement accessible et organisé autour des besoins sociaux, les causes profondes de ces escroqueries récurrentes ne seront pas traitées.

À ce stade, seule la lutte de masse militante et unifiée de toutes les forces antifascistes, progressistes et démocratiques peut orienter le mouvement étudiant en cours à travers tout le pays dans la bonne direction politique. Nous, le Front Révolutionnaire des Étudiants (RSF), sommes solidaires des manifestants et appelons ceux qui mènent la grève de la faim à ne pas épuiser leurs forces en la poursuivant, mais à rejoindre plutôt le mouvement militant plus large des étudiants de tout le pays en faveur d’un enseignement scientifique de masse exempt de corruption.

1Principal parti réformiste du Jharkhand

2Ou «Mahagathbandhan », coalition mise en place lors des élections législatives de l’État en 2024, regroupant le JMM, le Congrès National Indien, le Rashtriya Janata Dal et les révisionnistes du Parti Communiste d’Inde (Marxiste-Léniniste) Libération.

3Le scandale du NEET désigne de graves irrégularités académiques ainsi qu’une fuite des sujets des examens du Test national d’éligibilité et d’admission (NEET), dédié principalement aux études de médecine en 2026. Ces évènements ont donné lieu à de grandes manifestations ainsi qu’à de multiples arrestations.