Déodat-de-Séverac : la jeunesse prolétaire fait trembler Toulouse

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Les 1er et 2 octobre, les lycéens de Déodat-de-Séverac se sont mobilisés pour une nouvelle journée de blocus dans le cadre du mouvement national des lycéens en cours. Très vite, l’impossibilité de bloquer l’établissement du fait de la présence policière démesurée a donné lieu à près de 4 heures de révolte particulièrement combative à ses alentours, possiblement la mobilisation lycéenne la plus combative qu’ait connue la ville depuis plusieurs décennies.

Dès 7 h 30 du matin, les préparatifs du blocus se faisaient dans une ambiance tendue. Avant même que les lycéens commencent à se rassembler, on constatait déjà une dizaine de fourgons de CRS parqués aux abords de l’établissement, ainsi que les Robocops habituels impatients de frapper des enfants. Il faut dire que sur les deux jours précédents de mobilisation, la police n’a pas chômé. Quand les lycéens se sont justement révoltés pour dénoncer les classes surchargées et la pénurie de professeurs, l’état déplorable de l’établissement qui n’a même pas d’isolation correcte été comme hiver tout comme le flicage permanent de l’administration, le vieil État avait répondu par la répression, et avait déjà interpellé deux lycéens.

Ce matin, alors que les élèves commençaient à se rassembler devant la porte du lycée, la police est directement intervenue, et a tenté de les décourager en menaçant de faire usage de la force. Ces menaces n’ont pas dégonflés les lycéens, qui ont immédiatement riposté en incendiant des poubelles et en tirant des feux d’artifice en direction des CRS. Malheureusement, les lycéens sont expulsés manu militari à grands coups de tirs de lacrymogènes, qui les repoussent jusqu’à l’arrêt de tramway.

Après avoir été repoussé dans une petite rue, le contingent de la jeunesse s’est finalement regroupé et a pu réoccuper la grande avenue qui menait au lycée. Pour ralentir la progression des CRS, des barricades sont érigées et enflammées. Face aux tirs incessants de lacrymos, des projectiles ont été lancés en continu et ce sans faiblir pendant l’ensemble de la matinée de révolte. Les prochaines heures seront celles d’une lutte sans merci face à la répression pour reprendre du terrain. Petit à petit, les élèves révoltés craignent de moins en moins les tirs de lacrymos et sont de plus en plus audacieux dans leur riposte. Certains érigent des nouvelles barricades en continu, d’autres tentent de prendre à revers la police par des jets de pierre, tandis que des feux sont allumés un peu partout pour ralentir la police.

Le bloc est d’abord repoussé jusqu’aux Arènes, où le lycée local était également bloqué. Cependant, plutôt que de se greffer au reste du blocus, la jeunesse combative a préféré continuer la lutte contre la police, et a continué le combat pour reprendre du terrain, refusant de rester passivement immobiles après deux heures à se battre sans trembler. Leur détermination paie puisqu’après vingt minutes, la police se rend compte qu’elle ne parviendra pas à disperser la masse des lycéens, celle-ci se retire, laissant le champ libre pour avancer. Ni une ni deux, les lycéens reviennent à la charge, et empruntent à nouveau le chemin sur le boulevard. Sur la route, un Carrefour City est dûment ciblé, sous les cris de soutien à la cause palestinienne du fait de la collaboration de l’entreprise avec le génocide actuel à Gaza.

Plus tard, à l’appel de jeunes communistes présents pendant l’ensemble de la révolte, une photo collective est prise avec la jeunesse prolétaire autour d’une banderole d’hommage au Camarade Basavaraj, membre du Comité Central du Parti Communiste d’Inde (maoïste) assassiné en 2024 par le vieil État indien. Sous les cris de « Guerre Populaire jusqu’au communisme », les lycéens ont exprimé leur enthousiasme, puis sont repartis à la charge pour tenter de revenir sur les lieux de Déodat-de-Séverac.

La présence du drapeau orné de la faucille et du marteau a été remarquée pendant toute la durée de la révolte le 1er, salué par certains jeunes comme « le drapeau de la Libération », qui n’ont pas hésité à le brandir et le porter en première ligne malgré les assauts des CRS.

De retour sur le boulevard, la jeunesse prolétaire continue l’affrontement. Au cours de plusieurs charges, les CRS n’hésitent pas à tirer au flashball sur des lycéens, en blessant plusieurs. C’est également de nombreux jeunes qui sont matraqués à la tête gratuitement avant d’être repoussés sans interpellation.

Ce n’a pas été suffisant et a même attisé la colère des lycéens, qui sont directement repartis en direction du lycée. Après une heure supplémentaire d’affrontement, où une lycéenne a été frappée à la tête par un coup de matraque et que plusieurs tirs de LBD ont été constatés, les lycéens esquivent une tentative de nasse sur le boulevard et finissent par se replier. Chassés par le lourd dispositif policier, la jeunesse prolétaire en lutte finit par se disperser aux abords du Grand Mirail.

Contrairement à ce que peut en dire Sophie Ménard dans La Dépêche, la combativité de la jeunesse prolétaire n’est pas du fait de « casseurs » qui se seraient « greffés » au mouvement, mais est bien un élan organique venue de la jeunesse révoltée de Déodat-de-Séverac et de Gallieni elle-même, excédée par la brutalité de la répression, et galvanisée par la réalisation que le nombre et l’unité faisait leur force face à une puissance policière les voyant comme des animaux à mater.

En fin de journée, un rassemblement en soutien aux réprimés s’est tenu devant le commissariat du Canal du Midi. Sur toute la journée du 1er octobre dans toute la ville, c’est 57 personnes qui sont interpellées, dont 56 placées subséquemment en GAV. Des chiffres énormes qui ne sont pas sans rappeler les Grands Soulèvements de Juin.

Le lendemain, l’État a mis les grands moyens pour rappeler cette ambiance aux masses. Seule établissement non-concerné par les mesures de fermeture d’urgence à Toulouse, les lycéens ont légitimement décidé de poursuivre la lutte. Dans les petites rues comme aux abords du lycée, ce ne sont cette fois non plus seulement les CRS, mais aussi la BAC et la CSI qui sont déployés. Aux abords du lycée, ce sont des bacqueux cagoulés et des CRS suréquipés qui font face à un groupe compact de 200 jeunes révoltés qui se regardent en chiens de faïence. De part et d’autres, les contrôles et les fouilles se succèdent, très souvent au faciès. Des interpellations humiliantes ont été relevées par les lycéens.

La BAC a d’ailleurs été aperçue par endroits munies de fusils d’assaut HK-G36, pourtant classés armes de guerre tenant en joue des lycéens, tandis ce qu’un hélicoptère de la police survole la zone en permanence. Malgré les démentis de la préfecture, la présence de ces fusils ne sont pas dénués de lien avec la mobilisation des lycéens de Déodat. La préfecture affirme que la sortie des camions de ces fusils d’assaut était en lien avec la présence d’un forcené ayant exhibé une arme depuis la fenêtre de sa chambre CROUS. Selon des témoignages de personnes sur place, si les lycéens n’étaient pas visés, la personne ayant montré une arme à sa fenêtre (qui s’est plus tard avérée factice), avait été attirée vers l’extérieur par l’agitation provoquée par la répression policière, qui avait acculé un petit groupe de lycéens en contrebas. Les provocations de la police envers les jeunes révoltés n’a fait que mettre du feu aux poudres, monté la pression et a directement provoqué cette situation. Ajoutons que la rapidité de la sortie de ces armes indiquent qu’elles étaient déjà bien présentes en amont de cet incident.

La mobilisation d’un hélicoptère a été remarquée par les médias du monde entier et a choqué les masses populaires dans tout le pays. Cet hélicoptère, qui a survolé non seulement le lycée mais également tous les alentours y compris le quartier du Mirail pendant plusieurs heures. A titre indicatif, une heure de vol d’un hélicoptère de gendarmerie coûte entre 5 et 7 000 euros selon le type de modèle. Pour terroriser des jeunes et fliquer davantage le quartier du Mirail déjà sujet d’une occupation policière intense, l’État n’hésite pas à gaspiller des dizaines de milliers d’euros d’argent public. Cet hélicoptère n’a d’ailleurs pas seulement servi à la surveillance, mais a également participé directement à la répression, notamment par l’usage d’alarmes sonores à très haut volume pour disperser les révoltés ou le rapprochement à très basse altitude pour aveugler les lycéens par la masse de poussière charriée par les hélices.

La brutalité de la police n’a cependant pas entamée la détermination des lycéens, qui sont bien décidés à reprendre le mouvement une fois le week-end achevé. La jeunesse a pu voir face à elle un Etat qui n’hésite pas à mettre les grands moyens quasi-militaires pour les réprimer qu’écouter leurs revendications. Elle a vu ses chiens de garde se féliciter d’éborgner des jeunes et s’amuser de leur infliger de la souffrance. A Déodat-de-Séverac, la ligne de démarcation est désormais bien tracée entre le peuple et ses ennemis, mais également beaucoup a été appris par les lycéens, qui constatent de jour en jour la véritable nature de l’État bourgeois, mais surtout leur force et leur nécessité de s’organiser.