La canicule, un sujet hautement politique

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Cet été encore les vagues de chaleur se suivent dans toute la France atteignant des températures record de plus de 40°C, jusque dans le Nord de la France.

En France, depuis les années 1980, les vagues de chaleurs sont de plus en plus fréquentes et fortes. Pour cause, l’accumulation grandissante des gaz à effet de serre dans l’environnement depuis la révolution industrielle et l’usage massif des énergies carbonées, comme le charbon, le pétrole et le gaz, qui ont permis le développement des économies des pays impérialistes. Les responsables de cette situation sont bien sûr les milliardaires qui saignent la planète. Ce sont 100 entreprises qui sont responsables de 70 % des émissions en CO2 dans le monde.

La montée planétaire des températures moyennes pouvait paraître abstraite précédemment. Pourtant, elle représente une réalité décisive dans la vie de millions de personnes. Les canicules sont directement la cause de 60 000 morts en Europe en 20221. La mortalité lié aux chaleurs a augmenté mondialement de 23 % depuis les années 1990, atteignant plus de 546 000 morts par an2.

A l’échelle mondiale, il y a également la crise alimentaire, les risques sanitaires (lié à la surexploitation, à la pollution, aux maladies microbiologiques et virales), l’impact sur la pauvreté, les désastres meurtriers et les crises humanitaires directement causées par le changement climatique.

La lutte écologiste n’est pas une affaire de “sauver la planète”. La planète a connu de nombreuses extinctions massives et pourtant, le gros rocher qu’on surnomme Terre n’a pas arrêté de tourner autour du Soleil, le vivant n’a pas arrêté de se transformer et générer de nouvelles espèces, adaptées aux nouvelles conditions. Ce qui est en jeu c’est NOTRE environnement, NOS conditions de vie optimales, la survie de la majorité de l’humanité, principalement les plus pauvres, la paysannerie et le prolétariat.

Les sécheresses entraînent la sous-fertilité des cultures et ainsi les famines. Le calcul du journal “The Lancet”3 estime autour de 124 Millions de personnes faisaient face à une sous-nutrition et famine à travers le monde en 2023. Durant la famine Kere à Madagascar (2021 à 2022), une grande sécheresse due au réchauffement climatique plonge 1 million de personnes dont 460 000 enfants dans la famine. En Afrique de l’Est, de 2020 à 2023, cinq saisons de sécheresse successives ont causé la sous-alimentation de 26 millions de personnes, entraînant en Somalie (seulement) la mort de dizaines de milliers d’enfants.

L’exploitation augmente partout dans le monde à cause de la crise environnementale. La Banque Mondiale estime que sans actions concrètes, plus de 130 Millions de personnes vivant dans les zones les plus vulnérables vont plonger dans la pauvreté extrême en 2030 à cause du changement climatique, avec l’Afrique sub-saharienne et l’Asie du sud en tête, avec 45 Millions de personnes seulement en Inde, ceci principalement par les chocs agricoles. Les migrations climatiques pourrait concerner plus de 200 Millions de personnes autour de 2050. Les masses les plus pauvres dans le monde payent le plus grand prix, alors même qu’elles contribuent le moins au changement climatique. Ce sont les personnes les plus pauvres, les paysans des pays semi-coloniaux et semi-féodaux qui dépendent le plus des sols et de la nature pour subvenir à leurs besoins élémentaires. L’impact est réel sur l’économie mondiale, atteignant plus de 640 milliards d’heures de travail « perdues » à cause de la hausse des températures, principalement dans les secteurs agricoles des pays opprimées, c’est l’équivalent de plus de mille milliards de dollars. C’est ce qui préoccupe le plus les capitalistes qui se retrouvent à décupler la pression à la production, l’austérité et la répression sur les millions de prolétaires et paysans dans le monde.

Nous voyons en France le désintérêt total des patrons et de la bourgeoisie pour les risques de sécurité et de santé que représentent les fortes chaleurs pour les travailleurs. Les ouvriers et les travailleurs sont les premiers à être touchés, particulièrement les jeunes qui sont délaissés par leurs entreprises. Entre 2020 et 2024, selon les rapports de l’Assurance-maladie, au moins 146 travailleurs âgés de moins de 25 ans sont morts au travail. Cette année ce sont plus de 1000 cas recensé des morts anormales à cause des chaleurs. Dans la Drome, c’est un jeune ouvrier de 19 ans qui meurt au travail en mai dernier à cause de la chaleur. A Nanterre un ouvrier du BTP après avoir fait des malaises succombe à une crise cardiaque en rentrant du boulot. En juin également une fillette de 12 ans est retrouvé morte dans son appartement, son frère de 15 ans inconscient, tous deux avaient succombé à la chaleur. Un conducteur de bus de la RATP en Île-de-France a un accident en percutant le mobilier urbain suite à un malaise, ses collègues faisant état de mauvaises conditions de travail, à plus de 45°C dans les transports bondés. Ce ne sont pas des faits divers, ce sont des crimes de la bourgeoisie.

Mondialement, ce sont 1,6 milliard de personnes qui sont exposées à la pollution de l’air sur le lieu de travail, entraînant chaque année jusqu’à 860 000 décès liés au travail en extérieur. 26,2 millions de personnes souffrent d’une maladie rénale chronique liée au stress thermique au travail4. Tout ça pour les profits des patrons. Dans les chantiers, les ateliers, les boulot de bureau, la lutte des classes s’aiguise face aux patrons voyous qui refusent de payer les arrêts maladie, autoriser le télétravail, de mettre en place le chômage technique ou des conditions de travail décentes durant les fortes chaleurs. Des grèves se déclarent chez Stellantis à Mulhouse, dans l’éducation nationale, etc.

Le sacro-saint profit des capitalistes est mis en avant pour justifier la mise en danger de milliers de personnes. Ce n’est que le début, car nous vivons l’été le plus frais de la prochaine décennie. L’exploitation augmente dans le contexte de la crise climatique, aggravant ainsi la crise du capitalisme. Les contradictions entre les classes opprimées et la bourgeoisie deviennent de plus en plus antagoniques à l’époque où la lutte pour notre environnement devient de plus en plus lié à la lutte des classes. Le travail révolutionnaire efficace consiste en pratique de partir des luttes concrètes pour les conditions de vie et de les transformer en lutte révolutionnaire. La lutte pour l’environnement est une partie inséparable du mouvement révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie et sa résolution ne pourra venir que par la révolution socialiste.

  1. Ballester, J., Quijal-Zamorano, M., Méndez Turrubiates, R.F. et al. Heat-related mortality in Europe during the summer of 2022. Nat Med 29, 1857–1866 (2023). https://doi.org/10.1038/s41591-023-02419-z ↩︎
  2. Lancet Countdown on Health and Climate Change, rapport 2025 avec l’OMS ↩︎
  3. https://lancetcountdown.org/2025-report/ ↩︎
  4. “Ensuring safety and health at work in a changing climate”, 2024 Report of International Labour Organization (ILO) ↩︎