Nous publions une tribune reçue sur notre boîte mail, rédigée par des ouvriers révolutionnaires syndiqués, au sujet du 54ème Congrès de la CGT.
Le 54e Congrès de la Confédération Générale du Travail (C.G.T.) s’est réuni à Tours du 1er au 5 juin 2026, rassemblant quelques mille délégués. C’est un événement majeur au sein du mouvement ouvrier en France sur lequel doivent se pencher tous les prolétaires qui, comme nous, luttent pour leur émancipation. Nous nous permettons par ce texte de contribuer avec humilité aux débats, en tentant d’apporter un point de vue ouvrier révolutionnaire. Il nous semble fondamental de préciser que le présent article, que nous diffusons à plusieurs médias populaires pour publication, a été rédigé par un groupe d’ouvriers d’industrie révolutionnaires, organisés et responsables dans le Syndicat.
Comme cela a aussi pu être analysé par d’autres camarades avec plus de précision, le Congrès préparait le terrain pour une liquidation toujours plus avancée de nos principes, sûrement lors du futur 55e Congrès. La direction sait bien qu’elle doit naviguer en eaux troubles, que la base est pour une bonne partie opposée à ses orientations. Le 53e a montré cela de manière éclatante, en ouvrant même une vague d’espoir parmi de nombreux salariés non syndiqués qui y vont vu, enfin, la possibilité d’une alternative combative. Mais il fallait bien faire semblant de rompre avec les pratiques passées pour gagner les indécis et permettre la continuité d’une ligne politique maintenant ancrée depuis des dizaines d’années. Sachant qu’elle repose sur des sables mouvants et qu’elle s’enfonce jour après jour, la direction met en place des plans de sauvegarde de ses « emplois ». Les diverses modifications statutaires, la création de syndicats de territoire au sein des fédérations et UD, les documents qui sont nettoyés de toute conception révolutionnaire, et tous les autres artifices sont des prérequis à l’institutionnalisation toujours plus forte du syndicat. Nous ne parlerons même pas du fait que c’est maintenant une majorité de cadres qui dirigent effectivement au sein de la Commission Exécutive Confédérale élue, preuve de plus s’il en fallait de la déroute totale engagée par le Syndicat. L’expropriation des expropriateurs n’est plus du tout d’actualité ; pour eux, on l’a bien vu, la « transformation sociale », c’est l’abandon du combat révolutionnaire pour en finir avec le capitalisme et l’exploitation, c’est l’intégration à l’État en devenant un corps intermédiaire qui se tient bien sage.
La direction de la C.G.T. a organisé un « congrès pour rien ». Tout, du début à la fin, est organisé pour que rien ne change fondamentalement. Les interventions des divers camarades, parfois combatives et pleines de vérités, se retrouvent noyées dans un flot de paroles, dans un « débat » qui n’a ni queue ni tête. Et sous couvert de « culture du débat », la direction somme les camarades de ne pas manifester leurs désaccords, d’interrompre leurs interventions pour cause de dépassement du temps imparti, autant de pratiques pour museler toute tentative de critique objective. En assistant au Congrès, on ne comprend pas où l’on veut en venir et quel est le but recherché d’un tel événement – et c’est bien normal, c’est fait exprès. Il faut bien masquer le fait qu’un Congrès des Syndicats est un événement central dans la vie de ceux-ci, et que les décisions qui y sont prises devraient pouvoir TOUT changer.
Au contraire, il nous est proposé une chambre d’enregistrement où tout est déjà joué d’avance. Le calme et l’ambiance feutrée, bien que de vaillants camarades aient pu les rompre par moments, dénotent particulièrement de la réalité actuelle de notre classe. Le Congrès, notre Congrès des Syndicats, s’est transformé depuis longtemps en un vague rassemblement propre sur lui où sont présents les pires bourreaux des ouvriers et des peuples comme le Parti pseudo-« Socialiste », la CFDT et bien d’autres. Notre Congrès est devenu une « table ronde » géante ou l’on invite l’ouvrier à venir écouter, pour peu qu’il ne s’endorme pas pendant le discours de la Secrétaire Générale. Dans son allocution d’introduction, elle a pu mentionner qu’il n’y avait « ni gauchistes, ni traîtres dans cette salle, rien que des camarades », et c’est une idée qui a été répétée tant de fois par la suite lors du congrès par la direction sortante et ses soutiens. C’est un mensonge pur et simple, une technique pour brider le débat et tenir les camarades. Un Syndicat qui regroupe 600 000 travailleurs et travailleuses serait miraculeusement différent du reste de la société, il ne serait pas traversé de différents courants, de différentes idéologies, de différentes visions du monde et de la lutte. Leur objectif est de soumettre toute lutte de conception à une « Unité », si tant est qu’elle existerait encore. Mais l’Unité se fait sur une base, une base politique, et un ouvrier conscient ne peut laisser son organisation s’engouffrer dans les pièges tendus par le patronat sous couvert d’« Unité ». La vérité, c’est que c’est bien le groupe dirigeant qui brise chaque jour toujours plus l’Unité au sein de la Confédération, en coupant les fédérations et UD entre elles, en déliant tout ce qui pourrait faire notre force, en n’agissant pas comme une Direction prolétarienne pour la classe. Ce sont eux qui, aux cris de « Vive l’Unité », continuent quotidiennement de briser celle-ci en s’éloignant toujours plus des nécessités ouvrières et prolétariennes, tandis que les syndicalistes sincères se battent chaque jour pour l’unité de notre classe. Et ils et elles la font, en actes !
Nous sommes effarés de voir que l’excuse toute trouvée pour que rien ne change, c’est le fameux « danger de l’extrême droite », c’est-à-dire une situation qui permet en fait de museler toute contestation, de nier tout débat de fond, pour au final s’engager manu militari dans une future campagne électorale (encore !) où nous serons perdants à coup sûr à nouveau, comme cela a bien sûr été notifié dans l’allocution de clôture : en route vers la présidentielle ! Les illusions qui sont entretenues par de telles pratiques ont mené à la perte d’une gigantesque partie de notre base ouvrière et prolétaire, qui s’est peu à peu détachée de notre Syndicat tandis que celui-ci courait dans les bras de l’État. Mais l’État n’est pas neutre, c’est un outil au service de la classe dominante, au service des capitalistes. Si l’on se rapproche de l’État, par opportunisme ou bien par confusion, alors on s’éloigne de notre classe, c’est ainsi et cette dernière ne s’y est apparemment pas trompé.
Nous sommes à la croisée des chemins et il n’y a que deux visions du monde qui s’affrontent, au Congrès comme dans tout le mouvement ouvrier : ou bien ce sont les travailleurs et travailleuses qui sont idiots et individualistes, ou bien c’est le Syndicat et l’organisation ouvrière qui n’est plus à la hauteur. Ou bien c’est le peuple qui se trompe en ne votant pas « à gauche », ou bien c’est « la gauche » qui l’a trahi depuis des décennies et n’a rien apporté de bon. Ou bien c’est la stratégie de la direction qui est erronée et va contre l’unité d’action de la classe ouvrière, ou bien c’est la classe ouvrière et les bases syndicales qui « ne suivent pas les appels à la grève ». Ou bien la ligne de la C.G.T. va dans le bon sens, ou bien c’est une ligne politique réformiste et capitularde qui dirige la C.G.T. depuis longtemps, et ce peu importe les états d’esprits de chacun et chacune. Nous choisissons notre camp, c’est celui qu’ont choisi nos collègues, nos camarades de lutte !
Tout cela n’est absolument pas à la hauteur des enjeux. Si le fond ne va pas, la forme elle aussi pose de graves problèmes. Que devrions nous penser de nos dirigeants confédéraux quand ils passent une bonne partie de leurs interventions à faire des blagues lourdes, à ricaner et à prendre les choses à la légère ? Qu’en est-il des interventions plus courtes qu’une pause clope dans nos usines ? Que faire quand la « démocratie parle », avec un vote qui tranche en cinq minutes d’une question d’importance. Le plus révoltant, c’est à quel point le Congrès semble être un événement en dehors de toute réalité, coupée de sa base. Avec indécence, on crache à la figure de milliers d’ouvriers qui se tuent à la tâche chaque jour pour le Syndicat. Le plus tragique, c’est que beaucoup des notres n’en sont même plus à être déçus : à force d’opportunisme, de renoncements et de faux espoirs, la désillusion est devenue banale et le pessimisme est de mise.
Face à tous les dangers qui se profilent, la classe ouvrière de notre pays a besoin d’un Syndicat puissant, organisé, qui agit comme un seul homme pour permettre d’endiguer la folie réactionnaire de la bourgeoisie, et surtout, participer activement à la lutte révolutionnaire. Le Syndicat, en tant qu’organisation de masse prolétarienne n’a pas a être ni responsable, ni légaliste, ni républicain. Il nous faut donc redoubler d’effort dans la lutte, aux cotés de tous les camarades de valeur, pour le Syndicat authentique. Rien ne se fera pas hasard et rien ne tombera du ciel, tout sera le fruit de la lutte des classes consciente, du charbon, de la sueur et du sang ! Car bien entendu, les actes parlent mille fois plus que les paroles.
À tous les camarades qui luttent tous les jours au milieu des entreprises, dans l’antagonisme entre le Travail et le Capital, ainsi que dans le cadre C.G.T. : ne pensons pas tout en termes de « Congrès ». Ce serait se tromper, car les choses ne se jouent, pour l’instant, plus là. Cette vision des choses peut créer beaucoup d’attentisme et de pessimisme chez les camarades, et c’est normal car elle implique que nous n’aurions aucun pouvoir sur la situation. Il faut aussi couper court avec l’insuffisance dans le travail, le relativisme de certains qui croient encore qu’en fait, tout irait bien dans le Syndicat. Non, les problèmes sont énormes. Mais nous sommes certains que de grands bouleversements pointent le bout de leur nez, tous les indicateurs le montrent : socialement en général, politiquement, économiquement – et aussi dans le Syndicat. Il ne faut plus hésiter, laissons le doute aux peureux et aux traîtres ! Continuons notre travail quotidien, long, difficile, et construisons toujours plus le Syndicalisme de classe, indépendant et combatif.
Nous prolétaires, nous n’avons pas oublié que c’est quand nous avions un Parti Communiste digne de ce nom que nous avons conquis nos plus grandes victoires. Pour nous, il devient toujours plus évident chaque jour qui passe, à travers notre pratique, que le noeud du problème de la classe ouvrière, c’est son organisation en Parti Communiste qui organise la lutte, notamment dans le Syndicat. C’est l’élément manquant qui permettra enfin d’impulser la contre-offensive ouvrière tant attendue des masses. Ouvrier, prolétaire, doit redevenir un synonyme de Communiste, et pour cela il faut toujours plus de lutte de classe consciente et combative !
Le grand poète prolétarien Bertolt Brecht écrivait :
L’injustice aujourd’hui s’avance d’un pas sûr.
Les oppresseurs dressent leurs plans pour dix mille ans.
La force affirme : les choses resteront ce qu’elles sont.
Pas une voix, hormis la voix de ceux qui règnent,
Et sur tous les marchés l’exploitation proclame ;
C’est maintenant que je commence. Mais chez les opprimés beaucoup disent maintenant :
Ce que nous voulons ne viendra jamais.
Celui qui vit encore ne doit pas dire : jamais !
Ce qui est assuré n’est pas sûr.
Les choses ne restent pas ce qu’elles sont.
Quand ceux qui règnent auront parlé,
Ceux sur qui ils régnaient parleront.
Qui donc ose dire : jamais ?
De qui dépend que l’oppression demeure ? De nous.
De qui dépend qu’elle soit brisée ? De nous.
Celui qui s’écroule abattu, qu’il se dresse !
Celui qui est perdu, qu’il lutte !
Celui qui a compris pourquoi il en est là, comment le retenir ?
Les vaincus d’aujourd’hui sont demain les vainqueurs
Et jamais devient : aujourd’hui.
Éloge de la dialectique, Bertolt Brecht (souligné par nous)
Signé : Des ouvriers révolutionnaires qui ont à cœur le chemin que prend leur Syndicat
